28.07.2009

Boukrah

SKEU JPREFERE SUR CES CHAUSSURES C EST QU ON VOIT LE DEBUT DES DOIGTS DE PIEDS qu’elle gueule ma collègue de bureau Aurélia Boukrah à un mètre de moi. J’ai mal à la tête on est  sortis hier soir avec « ma team », une sortie de bureau, une « team night out ». Et à un moment cette crasseuse cette pouilleuse cette bouseuse qui parle fort, fait des régimes dissociés et aime les nwars je la surprends dans une rue à côté du bar en train de pisser entre 2 voitures garées comme un mec. Sauf qu’elle est une fille. Comme ça : tout accroupie dégueulasse, une vraie mygale ! Boukrah ! Deux pans de sa jupe délicatement remontées, maintenus du bout des doigts, et tout dessous la grosse flaque sous ses grosses jambes courtes.  Ce matin elle arrive au bureau et face à elle je la salue, en relevant les pans de ma veste de costard très haut, fléchissant les genoux, je fais la révérence : « Madâââme… ». Elle a même pas compris.

13.05.2009

Les sales types

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Au bureau ces fils de pute avec leurs « Sur Bartex tu billes à 29% ? C’est bon ça ! » ils se prennent pour des lumières et me sortent ces vannes ou l’on parle à la 3e personne en prenant quelqu’un à témoin. La bande des joyeux blakblanbeurs tolérants en train de gagner plein de fric elle ne me ferait pas de cadeau si elle apprenait qu’il a pu m’arriver de fréquenter le mauvais virage du Parc des Princes ou tout simplement si elle lisait ces lignes. Il faut voir les sommes astronomiques qu’engrangent ces imbéciles finis de la jeune bourgeoisie marchande blakblanbeur, c’est tout à fait terrifiant. Tant d’argent dans les mains de gens aussi inélégants et bêtes... Les voilà les bourgeois du 16ème de demain ? Quelle triste monde que celui de GQ et des bouquets satellites, ce petit monde-cocon qui récompense la lâcheté, le féminin, et la médiocrité. Je me mets à douter, perturbé dans mon élan, réalisant que je n’ai aucun échappatoire, et personne à qui parler dans cette ville mis à part ces gens à mon travail. Noyé dans cette coolitude hostile, le soir je rentre chez moi encore tout fumant de la colère accumulée au long de la journée.

 

 

06.05.2009

J'arrive pas à être un enculé dans mon taf

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J’avais 18 ans j’étais trop fragile et trop fougueux, je me consumais. Je souhaitais la vie sexy, la vie à inventer, la rare et élégante de voyou bien élevé. J’ai pas été assez aimé des filles. Y en a eu. Elles ont été gentilles. Mais pas assez. Il me fallait plus. Pour colmater toutes les brèches, recouvrir toutes les faiblesses, pour renforcer toute l’armature… Pour me préparer à affronter l’horrible monde du travail il me fallait mille bisous par jour, de fille acharnée à sa tâche et que l’on repousse parce qu’elle en devient agaçante. C’est comme ça que l’on devient un homme. C’est lorsque rassasié, le besoin d’amour s’éteint, son urgence n’est plus, et qu’alors on peut se tourner vers des objectifs froids, chiffrés et rémunérés. Et là on peut faire la grosse thune, ricaner sur les collègues, enculer fièrement les clients, et sûr de soi, monter lentement mais sûrement dans la hiérarchie. Et comme ça peut être qu’un jour on devient directeur d’une entreprise de panneaux solaires ou de pièces métalliques, et on a son interview dans une revue de management.

23.04.2009

Jeudi soir j'arrive chez moi

Je referme la porte derrière moi, enfin seul. Encore seul. J’ai traversé Paris plein de gens riants avec des bouclettes et des mèches au vent de début de soirée de premiers soirs d’été… Pour tant d’entre eux c’est sûrement le grand soir, ils s’en vont retrouver Mariline, Annabelle, Sylvana…

En bas du 90 je dis au revoir à mon père. Avant de monter dans sa Twingo il me dit quand même, désolé, que j’ai l’air de filer un bien mauvais coton et qu’il ne sait pas quoi dire. Je lui dis au revoir. J’ai les bras encore un peu fatigué du lit de la grand-mère qu’on vient de descendre. Elle a sans doute dormi dedans pendant 40 ans. Il nous a fallu cinq minutes pour descendre le machin par les escaliers et l’exposer sur le trottoir.

A pied je remonte l’avenue Mozart et je pleure la tête baissée, je ne veux pas qu’on me voie. Et c’est bien confortable en fait, il faudrait toujours que je fasse comme ça dans la rue. Tête baissée, complètement dans mon monde. Comme ça je ne verrai pas les jolies filles qui me font si mal, ni les bogoss qui me font si moche.

Enfin j’y arrive à pleurer. Je devrais pleurer tous les soirs depuis un an normalement mais ça ne vient presque jamais. Mon quotidien ici est un désastre, un ratage un gâchis continu. Je suis complètement à la remorque, je n’ai plus le choix il faut travailler, j’ai pris ce job, il faut continuer c’est tout. Perte de temps au travail, et zéro fille zéro rencontre zéro ami. C’est pas donné le 2500 euros par mois. Qu’est ce que je donnerai pas pour une fille. Même une pute n’importe. J’en suis là, y a pas de problème. C’est l’histoire de Lounès le bâtard qui rentre chez lui seul après sa journée de pseudo-trader boulevard Haussman et qui boit 2 litres de Heineken avant de passer à table. Façon de parler pour un plat de pâtes au thon bouffé à même la casserole en regardant pour rire un peu la dernière conférence de Kemi Seba sur dailymotion. Ensuite y a un vague film, si possible « de droite » genre un Scorcese. Et puis lecture d’une page au hasard d’un Céline ou d’un Rimbaud et puis écrasage dans le lit jusqu’au lendemain.

Moi je le sentais bien que ça puait de faire des études, de « bosser ». Tout ça pour ça. C’est pour ça que dés que j’en ai eu l’occasion je me suis accroché à l’étranger de toutes mes forces comme un réfugié politique raté. A Hong Kong c’était cool. Petit salaire mais grandes rencontres, grands paysages, grands espoirs… Je m’y suis accroché à ça putain… Presque 2 ans à bosser là bas et ils voulaient toujours pas le lâcher leur putain de visa de travail. Je faisais les allers-retours à Macao toutes les 7 semaines, re-tamponnage de passeport et re-pénard pour un moment… Et puis il a fallu dégager. Je me souvient dans le bus de l’aéroport, quand il s’est engouffré dans le tunnel qui rattache l’île de Hong Kong et l’île de l’aéroport j’ai eu ce flash, un instantané de vérité, de coercition immanente par delà bien et mal : ça ne se représenterait plus jamais.

18 mois que je ressasse ça. A la faveur d’un jour de travail plus difficile que les autres, au hasard d’un de ces crachas à la gueule que sont les « non » des acheteurs, les haussements d’épaules des collègues et le port altier des rares jolies filles qui composent mon univers, au hasard de ces aléas je peux le soir me retrouver dans cet état indescriptible mêlé de douleur de frustration de bouillonnement et d’épuisement.

Toutes ces fois ou j’ai été sauvé de la solitude, adolescent. Il s’en est fallu d’un rien. Par exemple si ce soir là précisément je ne l’avais pas croisée en sortant de l’Eglise jamais je n’aurai baisé comme ça avec une fille, ce petit souvenir qui me tient quand même un peu chaud jusqu’à aujourd’hui. Si cette année là tel ami avais quitté Grenoble comme il aurait dû, me laissant en plan, jamais je n’aurai fait avec lui toutes ces fêtes de rues bordéliques avec des 8-6, des Maximator et des filles rencontrées vite et qu’on aime comme des Rimbaud ratés qui s’ignorent.

Comme la France sauvée à chaque fois in extremis par l’homme providentiel, Lounès était sauvé in extremis par le hasard. Quand ça a été Hong Kong ça a été trop, je me suis dit « mec c’est pas le hasard c’est pas possible c’est la Grâce. Je me préparais à une vie de merde en France de mec complètement pommé et voilà que m’arrivent dans les mains toutes les clés du bonheur, cet endroit est un concentré de tout ce que j’ai toujours aimé et pourtant j’y suis arrivé totalement par hasard, donc ce n’est pas un hasard c’est une Grâce de D. ».

Comment encore accepter de se livrer aux aléas, au hasard, après avoir cru connaître la Grâce ? Piégé dans le mysticisme gluant de celui qui croit avoir « compris la vie », enfermé malgré soi dans des certitudes qui ne font pas le poids face au réel, que valent les diatribes de Léon Bloy, toutes incantatoires soient-elles, face au triomphe obscène, indiscutable, chaque jour recommencé, des « adaptés » de ce monde ?

01.04.2009

Le manager me parle (en gras les mots qu'il prononce plus fort)

Y faut que tu commences à penser bizness et à tenir et gérer ton desk. Je t’ai recruté pour faire avancer ce bizness…. Et toi, dans ta tête y faut que tu commences à prévoir ou est-ce que tu veux être dans 3 mois… Ou est-ce que tu veux être dans 6 mois… étcétéra… Passke tu veux gagner de l’argent, tu veux réussir dans ce bizness, mais aussi tu veux grandir dans ce bizness… Hein dans ta tête tu veux grandir dans ce bizness…que ton nombre de deals correspondent à tes attentes, et à là ou tu veux arriver par rapport à tes attentes… Ca a du sens ou pas ?... Quand tu arrives le matin j’veux pas te voir comme Fawzi gnagnagna j’ai pas fait mon MBR ah putain Konga excuse moi je suis en retard tout ça… J’veux te voir au téléphone en train de vendre aux clients, en train de vendre aux candidats et là avec une attitude, en train d’influencer et là au taquet…ok…J’veux voir des activités, j’veux voir des gens debout au téléphone en train de mettre des USP en train de vendre en train de contredire le client, en train de négocier au taquet les tarifs, entrain de mettre des WRIOC bam ! bam ! bam !… Fuck quoi, Hannah Morson est arrivée dans ce bizness ok… même pas un sou en poche ok… Aujourd’hui elle est top-biller de tout Techsoon et je crois dans les cinquième de tout le groupe C4… Un mec comme Adrian Macateer ok… a lancé Pharma Birmingham ok… Aujourd’hui il est bizness sales manager de tout UK north-east… Et toi je veux que tu te dises qu’est-ce que je veux faire… What the fuck am I going to do....C’est pour ça que je veux te voir là avec un time-plan et que tu stick vraiment au time-plan avec une attitude de VENTE… C’est un job de vendeur ok ? C’est un job de vendeur…donc je veux de la vente… Et que tu te mettes ton mindset, ton état d’esprit ok… dans une façon qui te permet de dégager de la positivité ok… Faut être positif sinon on avance pas… Dés l’instant ou on naît on doit bouffer tout seul on doit se débrouiller tout seul… Donc faut être positif… Si t’es pas positif tu restes comme un galérien… Tiens tu vois lui il est pas positif (*par la fenêtre de la meeting room il désigne le clochard assis par terre de l’autre coté de la rue, 20 mètres plus bas*)…Bon on en est ou en interviews ?... ouais… T’as combien de jobs là… De jobs live ?... Que 2 jobs ?... Bon y faut que tu commences à te bouger là, que tu commences à mettre des activités un peu en place, que tu augmentes tes phone-stats pour qu’on puisse dire dans 2-3 mois Lounès ouais c’est quelqu’un à qui on veut donner une promotion, confier plus de responsabilités… C’est ce que tu veux Lounès hein ?

25.03.2009

Souffrance

J’en peux plus je ressasse je m’empoisonne je bouillonne de rêves inassouvis comme des bulles qui veulent crever a la surface qui cherchent le chemin. Je cherche depuis presque 2 ans maintenant à reprendre mon souffle. J’ai l’impression d’être retenu de toutes parts comme par des sangles, c’est le monde c’est la France c’est mes parents… Qu’est-ce que j’ai mais putain mais qu’est ce que j’ai… Pourtant j’ai des costumes des belles chaussures un appartement pas mal dans le 3ème, je gagne 2700 euros par mois aux dernières nouvelles.

Ah putain qu’est ce que je n’en peux plus. De cette solitude de cet empoisonnement… C’est comme si j’étais hors de la vie. Je ne vois pas le soleil, le jour passe et je ne l’ai pas vu. Je n’ai vu aucune fille, je n’ai rien appris. Je me suis débattu tout petit dans un coin minuscule du monde, dans un bureau avec des collègues de bureau et des intrigues minuscules.

J’ai peur d’être fou. Je recherche la vérité. Je pense à la vérité tout le temps, pour quoi je suis là dans le monde qu’est ce qu’on fait ici, c’est quoi le sens ? Je pense à la Bible, j’essaie de pas y penser parce que je suis tout seul, je sais que les fous ils ont des délires mystiques, les autres, les collègues, ils me voient comme un être étrange, fou ils disent parfois, ils m’écoutent un peu, ils sourient, ils haussent les épaules, ça ne les intéresse pas, ce qui les intéresse c’est que y ait pas trop de vagues…

Je me sens si seul, dépossédé, déraciné, déstructuré… C’était si bon le temps de l’école, le rythme lent des années scolaires, des boums de fin d’année et des filles qui brisent le cœur. C’était vrai.

Si prêt du but… 2700, 2800 euros par mois… Notre bureau déménagera en Belgique vers mai-juin… J’aurai un appartement avec un écran plat et un fauteuil club… Je serai gentil, je rencontrerai une gentille fille, une étudiante…

C’est important pour moi d’être là. Ca me fait souffrir mais c’est provisoire. C’est important car je me vois à ma place dans la société : porter un costume, des belles chaussures, pouvoir être fier de dire quel est mon travail si je dois en parler à une inconnue… Le problème c’est que j’en rencontre jamais des inconnues. J’ai pas le temps je finis à 20h le soir, je suis exténué, je connais personne qui m’ouvre des horizons, je pense plus qu’à bouffer et aller dormir. Et je m’écrase comme un bourgeois que je déteste être alors. J’ai la haine contre les filles, contre les gens, contre tout et tout le monde, cette ville de Paris me fait gerber, elle et ses cochonneries de trottoirs, ses putains de journaux colporteurs de cochonnerie qui excitent la populace, ses publicités partout, tous ces gens qui ne pensent qu’à s’amuser, qui vivent pour de faux, pour s’amuser, qui vivent sans aventure. Cela est inexistant, ça me revient dans la gueule à chaque fois que je tente une sortie moi l’assiégé, je n’en peux plus. De faire semblant à ce point.

Cela fait bientôt 2 ans que je n’ai plus connu les bras d’une fille… 2 ans… J’ai 26 ans. J’ai honte, j’ai très honte de ça. De ne pas être un parisien gagneur avec des bouclettes et une peau de bébé.  Je me sens vieux, nul. Je me sens laid, lourd, j’ai honte. Je perds mes cheveux, j’ai le teint blafard comme Monte-Cristo. J’ai plein de colère, les autres j’ai envie de les écraser dans ma colère, eux et leurs mensonges, eux et leur tolérance, leurs affiches de la déclaration des droits de l’homme chez eux et leurs 300 euros par jour de marge sur le cul d’un type qui a peut être des gosses à élever. J’ai envie d’être différent d’eux. Ce serait plus confortable de vivre tranquillement, moins aux aguets. Mais ils prennent toute la place, leurs egos prennent toute la place, et moi je suis expulsé du rang, compressé puis giclé au dessus, comme un joint de caoutchouc savonné.

Je ne sais plus quoi dire à mes parents. Je crois que je leur en veux. Je leur en veux d’être vieux et divorcés, de vieillir seuls dans leurs coins comme ça dans des petites parties du monde. Je leur en veux de ne pas avoir tenu mieux que ça le foyer dans lequel mon frère et moi avons grandi. A ma mère qui laissait tout en bordel, qui bouffait grossissait et bouillonnait de haine absurde contre mon père. A mon père qui laissait faire, permissif, qui laissait le bateau couler, mais qui contre moi était d’une extrême sévérité sur tout ce qui touchait au « comportement ». Il fallait que je comprenne que je gêne les autres. Mais les autres, par exemple les racailles, leurs pères leur ont au contraire dit de ne pas se laisser marcher sur les pieds. Résultat dans ma vie d’adulte, dans la « société » : moi si je disais ma vérité je serais un raciste dégueulasse, eux s’ils disaient leur vérité ils seraient des jeunes gens attachants et spontanés. J’en suis là.

J’en souffre tant de ce monde du travail, de cette France qui s’en va, surtout de ce monde du travail, de ce fric qu’il faut aller chercher sinon plus jamais c’est sûr cette fois les filles ne me regarderont, ne me feront croire à leur flatteries, comme ces « sache toujours quoi qu’il arrive que tu en vaux la peine » qu’elles ont donnés à des beaux gosses qui n’avaient besoin de rien, quand on avait dans les 18 ans, quand c’était maintenant ou jamais, quand il fallait être le premier pour pourrir leurs ventres parce que après ce serait trop tard, ce serait déjà passé.

C’est pas une vie de littérature que je veux, une vie d’intello, une vie de type bloqué par l’intellect. Ce que je veux c’est un peu d’intellect, un peu d’aventure. L’amour et la violence. Le ballet de danse classique et le virage Boulogne avec les hooligans. J’aime les deux autant. Moi le métis né le cul entre deux chaises. Je suis le gentilhomme et le voyou. Pas que le gentilhomme, pas que le voyou. Les deux.

C’est tellement affreux de ne connaitre personne. Ce sentiment de devoir se modérer au point de ce que l’on déteste pour pouvoir être socialement acceptable, accepté, et alors enfin de rencontrer des gens. Il faut être lisse, comme ca on a pas d’emmerdes au travail, comme ca c’est pas répété au manager, comme ça il a pas trop de billes dans sa musette pour te virer en cas de problème. J’aimerai tant connaitre des gens avec qui je peux parler de tout. Ne plus avoir cette épée de Damoclès dans les discussions, toujours se cacher, et puis rentrer chez soi seul, s’enterrer pour la  nuit, plus que jamais loin du beau jour.

J’ai peur d’être fou de couver un truc, des symptômes. J’ai peur aussi remarque d’être malade au moindre truc. Vache folle, sclérose, anémie…

Je suis complètement rempli et complètement vide. Mon assiette est remplie, je ne connais pas la faim depuis des années. Mon compte en banque est rempli, mon agenda est rempli pour ne pas que je m’ennuie, ma liste de choses à acheter est remplie, tout ça c’est rempli… Mais au fond je me sens vide, je tourne à vide, je me branle à vide, je rêvasse a vide, je m’invente une vie loin de la vie, à vide… C’est comme une prison. Je ne rencontre même pas une fille, même pas de nouvelles personnes, mais je pense lorsque viens l’anxiété, à je ne sais quel sens métaphysique, théologique, bon sang puisque je ne vis pas je me demande ce qu’est la vie.

Je me suis endurci terriblement pour rester dans le train en marche. Peut-être qu’en bataillant fort je monterai en grade et qu’elles me regarderont… Et sur facebook toutes les filles du primaire, du collège et du lycée qui m’ont « ajouté comme ami » et auxquelles je rêvais à l’époque pour la plupart, peut être qu’un jour elles verront mon nom quelque part et elles se diront « ah tiens oui celui là… Ah il fait ça maintenant ? Tiens et si je le contactais… » Ce serait ma victoire. Je veux de leur mains recevoir cette légion d’honneur que j’ai désiré toute ma jeunesse, à m’en tordre les mains, être confirmé, être adoubé par elles, et que ça se sache, à la face du monde, que tous, tous les autres dans la cour, qu’ils le voient. Je veux qu’elles me voient en voyou-gentilhomme, en ce que je suis vraiment mais n’ai été que trop rarement, trop subrepticement, éclipsé par la lourdeur, les parents, les responsabilités, les comptes a rendre sur mon « comportement » qui revenaient à la charge… Je veux qu’elles me voient en je ne sais quel type qui sort du lot, impétueux, étonnant, assurément fait d’une autre rage que celle, lisse, des beaux gosses. Qu’elles me voient en je ne sais quel voyou érudit, méchant et sensible, gentil et fier, qui a produit une œuvre littéraire, picturale, qui s’est illustré dans des domaines physiques, qui dégage comme ça l’idée de l’homme « bon en tout » comme ces types qui sortent de West Point, forces de la nature tout autant capables de faire le parcours du combattant que de réciter Eschyle dans le texte.

Je me sens si blessé, comme sali, souillé, par ce mode de vie indigne, sans rêve. J’ai si mal à l’idée de retourner travailler demain, à l’idée de ressasser les mêmes angoisses, les mêmes complexes de culpabilité, les mêmes anxiétés de symptôme pour les mêmes superstitions, les mêmes états d’âme, les mêmes inadaptations. Je n’ai personne a qui parler je dois être performant a tout moment, que fort, que sûr, rien d’autre. Je n’en peux plus de ça. J’ai sous-estimé les aléas, j’ai sous-estimé que l’on ne peut pas faire un schéma de sa vie, l’appliquer puis le vivre comme si c’était innocent. Il faut accepter de jouer le truc, presque comme aux dés. Cette terrible phrase au début du film No Country for Old Men. Que l’on ne maitrise pas tout, que la raison trouve ses limites, qu’on ne peut pas tout intellectualiser, pas tout contrôler contrairement à ce qu’on nous répète tous les jours dans ce boulot que je fais. Que y a une grande part d’incertitude, et qu’on y est soumis, complètement, totalement, et qu’on ne fait pas les malins.