23.04.2009
Enfoiré d'avoir dit ça

23:37 Publié dans Des passages de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Jeudi soir j'arrive chez moi
Je referme la porte derrière moi, enfin seul. Encore seul. J’ai traversé Paris plein de gens riants avec des bouclettes et des mèches au vent de début de soirée de premiers soirs d’été… Pour tant d’entre eux c’est sûrement le grand soir, ils s’en vont retrouver Mariline, Annabelle, Sylvana…
En bas du 90 je dis au revoir à mon père. Avant de monter dans sa Twingo il me dit quand même, désolé, que j’ai l’air de filer un bien mauvais coton et qu’il ne sait pas quoi dire. Je lui dis au revoir. J’ai les bras encore un peu fatigué du lit de la grand-mère qu’on vient de descendre. Elle a sans doute dormi dedans pendant 40 ans. Il nous a fallu cinq minutes pour descendre le machin par les escaliers et l’exposer sur le trottoir.
A pied je remonte l’avenue Mozart et je pleure la tête baissée, je ne veux pas qu’on me voie. Et c’est bien confortable en fait, il faudrait toujours que je fasse comme ça dans la rue. Tête baissée, complètement dans mon monde. Comme ça je ne verrai pas les jolies filles qui me font si mal, ni les bogoss qui me font si moche.
Enfin j’y arrive à pleurer. Je devrais pleurer tous les soirs depuis un an normalement mais ça ne vient presque jamais. Mon quotidien ici est un désastre, un ratage un gâchis continu. Je suis complètement à la remorque, je n’ai plus le choix il faut travailler, j’ai pris ce job, il faut continuer c’est tout. Perte de temps au travail, et zéro fille zéro rencontre zéro ami. C’est pas donné le 2500 euros par mois. Qu’est ce que je donnerai pas pour une fille. Même une pute n’importe. J’en suis là, y a pas de problème. C’est l’histoire de Lounès le bâtard qui rentre chez lui seul après sa journée de pseudo-trader boulevard Haussman et qui boit 2 litres de Heineken avant de passer à table. Façon de parler pour un plat de pâtes au thon bouffé à même la casserole en regardant pour rire un peu la dernière conférence de Kemi Seba sur dailymotion. Ensuite y a un vague film, si possible « de droite » genre un Scorcese. Et puis lecture d’une page au hasard d’un Céline ou d’un Rimbaud et puis écrasage dans le lit jusqu’au lendemain.
Moi je le sentais bien que ça puait de faire des études, de « bosser ». Tout ça pour ça. C’est pour ça que dés que j’en ai eu l’occasion je me suis accroché à l’étranger de toutes mes forces comme un réfugié politique raté. A Hong Kong c’était cool. Petit salaire mais grandes rencontres, grands paysages, grands espoirs… Je m’y suis accroché à ça putain… Presque 2 ans à bosser là bas et ils voulaient toujours pas le lâcher leur putain de visa de travail. Je faisais les allers-retours à Macao toutes les 7 semaines, re-tamponnage de passeport et re-pénard pour un moment… Et puis il a fallu dégager. Je me souvient dans le bus de l’aéroport, quand il s’est engouffré dans le tunnel qui rattache l’île de Hong Kong et l’île de l’aéroport j’ai eu ce flash, un instantané de vérité, de coercition immanente par delà bien et mal : ça ne se représenterait plus jamais.
18 mois que je ressasse ça. A la faveur d’un jour de travail plus difficile que les autres, au hasard d’un de ces crachas à la gueule que sont les « non » des acheteurs, les haussements d’épaules des collègues et le port altier des rares jolies filles qui composent mon univers, au hasard de ces aléas je peux le soir me retrouver dans cet état indescriptible mêlé de douleur de frustration de bouillonnement et d’épuisement.
Toutes ces fois ou j’ai été sauvé de la solitude, adolescent. Il s’en est fallu d’un rien. Par exemple si ce soir là précisément je ne l’avais pas croisée en sortant de l’Eglise jamais je n’aurai baisé comme ça avec une fille, ce petit souvenir qui me tient quand même un peu chaud jusqu’à aujourd’hui. Si cette année là tel ami avais quitté Grenoble comme il aurait dû, me laissant en plan, jamais je n’aurai fait avec lui toutes ces fêtes de rues bordéliques avec des 8-6, des Maximator et des filles rencontrées vite et qu’on aime comme des Rimbaud ratés qui s’ignorent.
Comme la France sauvée à chaque fois in extremis par l’homme providentiel, Lounès était sauvé in extremis par le hasard. Quand ça a été Hong Kong ça a été trop, je me suis dit « mec c’est pas le hasard c’est pas possible c’est la Grâce. Je me préparais à une vie de merde en France de mec complètement pommé et voilà que m’arrivent dans les mains toutes les clés du bonheur, cet endroit est un concentré de tout ce que j’ai toujours aimé et pourtant j’y suis arrivé totalement par hasard, donc ce n’est pas un hasard c’est une Grâce de D. ».
Comment encore accepter de se livrer aux aléas, au hasard, après avoir cru connaître la Grâce ? Piégé dans le mysticisme gluant de celui qui croit avoir « compris la vie », enfermé malgré soi dans des certitudes qui ne font pas le poids face au réel, que valent les diatribes de Léon Bloy, toutes incantatoires soient-elles, face au triomphe obscène, indiscutable, chaque jour recommencé, des « adaptés » de ce monde ?
23:35 Publié dans Le monde du travail | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14.04.2009
La dynamique
On peut aisément imaginer le Paris de demain.
Encore plus cher, encore plus petit, encore plus peuplé, encore plus sale et en travaux.
Les mêmes erreurs toujours refaites parce que les gens n’auront pas le temps « d’en avoir marre », Paris on y tient 1 an ou 2 à tout casser, ensuite on en peut plus on va se foutre en banlieue pavillonnaire si on a "réussit".
On peut aisément imaginer encore plus de noirédarabes et encore moins de Blancs, ces derniers juste bons à regarder leurs alter-égales enlacer les vainqueurs et combien de leurs semblables pédés ou dépressifs. Tous les soirs des bagarres « de bandes » au cours desquelles les éventuels participants blancs risquent d’être fort déçus de la loyauté de ceux qu’ils croyaient être leurs frères. (Tu as vu ou au passage, que ton frère avait le droit de convoiter ta femme camarade whigger ?)
On peut aisément imaginer encore plus de journaux gratuits avec tous les jours, de nouvelles idées de première page qui attise bien les sentiments bas, avec toujours le souci de ne jamais choquer : « Racisme dans les stades, jusqu’ou ? », « Ce que nous cache le Vatican », « Houssiba Boulmerka, une femme d’honneur », « Aurélie Dupont : mon mariage avec Bonoba », « Meurtre de Julien : les CRS savaient ? »…
On peut aisément imaginer encore plus de loisirs et de Paris-plage, de grossièreté, de Paris encore bourré de traces de chewing-gums, de crachats, de mégots et de merde, les rues encore plus lourdes de pression interraciale, de regard dur pour les Blancs et de Blanches douces pour les méchants, et tout en haut une Ségolène harpie triomphante toutes serres castratrices dehors ou un Obama français et sa femme blanche « je suis pas raciste la preuve je viens chez toi baiser ta femme » repousser d’un revers de main les derniers humbles cathos imbéciles et bons puis lever les bras pour donner le signal de l’avancée générale comme un Wellington de triomphe lâche dans un Waterloo de France « pays ou les Blanches deviennent couleur » et ce serait le slogan publicitaire mondial de TourismenFrance sponsorisé Unesco et Blakanal-coconut une marque de boisson à la banane qui aurait dépassé Coca-Cola… comme excuse ? Eh bien : «La France c’est 100 millions d’habitants. Les 4 millions de Blancs détiennent à eux seuls 70% de la richesse nationale et la conserve avec égoïsme. Je n’excuse pas ceux qui s’est passé mais j’essaie d’expliquer » dit le sociologue, celui qui connaît la société.
On peut aisément imaginer tout cela. Il suffit de prendre un journal d’il y a 30 ans, un autre d’il y a 10 ans, de lire un peu ici et là Exégèse des lieux communs, les soirées de St Pétersbourg, Mort à crédit, puis de prendre un journal d’aujourd’hui même et de se figurer la ligne de fuite, la dynamique.
22:06 Publié dans La loi des plus nombreux | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
"Je pisse sur les fils de Crao" signé Iam
Ce que les rappeurs de Iam à leurs successeurs ne comprennent pas, peut être ne comprendront jamais, a cause de leur manque de générosité, c’est que le racisme, l’ostracisme pour lequel ils ont tant pleurés ils nous l’ont fait payé à nous, nous qui étions d’accord avec eux, nous qui voulions tout recommencer de zéro avec eux. Il était si facile d’accuser les Blancs à travers la police soit disant, et ils l’ont fait, et ils ont tout fait foirer.
(Le fils de Crao le sage c'est Rahan le blond)
21:54 Publié dans Le mouvement hiphop | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Là bas c'est naturel

Ca se passe sur le terre-plein central entre les voitures qui circulent lentement sur le boulevard. 15 Arabes et Noirs contre 15 arabes et Noirs, ils se tapent ils reculent, ils tournent autour, se font oublier, reviennent par derriere, coups dans le dos, balayette… Y a un type qui reste sur le carreau, ses potes se debinent, et lui seul a terre se fait massacrer… Par en haut, sur les cotés, des coups de pieds qui cherchent la tete, l’estomac… Il se fait bien massacrer, puis jeter comme au moyen-age dans les buissons en contrebas… Il roule comme une pierre, il ne bouge plus… « Oh venez ramasser votre pote bande de fils de pute » que gueule un des Arabes encapuché depuis le terre-plein… Les potes du pote en question regardent sans bouger le spectacle depuis le trottoir en face, non ils ne viennent pas ramasser qui que ce soit… 10 secondes, et le type émerge des buissons, la gueule en sang comme aux informations… Je vois son visage, c’est un Blanc, un babtou, un gouère comme ils disent… C’est le seul Blanc de la baston de 30 personnes… C’est celui qui a été le plus à la pointe, seul face a 10 il s’est esseulé dans la baston, alors que les autres s’assuraient d’etre couverts par 4 ou 5 bras amis pour esquisser un petit coup… Il s’est fait massacré le blanc. Il remonte vers le terre-plein, seul face aux horribles types en capuche, il titube, y a un sentiment d’indécision qui plane, un sentiment affreux…Qu’est ce qu’il fait à retourner les voir il va se faire massacrer… Il gueule un truc à la cantonnade du genre « bande de fils de pute de laches » il s’approche d’un arabe qui alors a un mouvement de recul, seul face au Blanc défiguré… Mais l’arabe reprend son courage car 4 de ses potes frappent en meme temps… aussitôt le type s’écroule à nouveau par terre, roué de coups encore une fois, ses potes ne bougent toujours pas, ses potes arabes et noirs. Une voiture de police passe à ce moment la, et 2 policiers sortent, les massacreurs se debinent, c’est fini, y aura pas d’arrestation, pas de preuves, pas de coupable puni… La justice, la presse, les associations… Ils ne feront pas de vague, ça arrive tous les soirs depuis 30 ans ces plans là… Mais non monsieur vous savez bien que tout va bien sur le sol de France et que les Blancs y sont majoritaires et privilégiés… Le type la gueule complètement en sang marche plutôt bien malgré ce qu’il vient de subir, il a pas le nez cassé, miracle. Il dit a un grand arabe de ses potes qu’il retrouve sur le trottoir « tu m’as pas aidé t’es pas venu » et le grand arabe pas essouflé pas en sang lui, en pleine forme il fait l’enervé alors, il fait celui à qui faut pas manquer de respect « ah ouais ? Bah va t’faire niquer fils de pute chui pas venu ! Chui pas venu ? J’etais la jme suis battu pour toi »… Il a pas bougé il était sur le trottoir a coté de moi il regardait… Et le Blanc dit une vague excuse pour ce manque de respect, et puis il s’en va hébété, là bas sur le boulevard scintillant de néons, avec ses potes noirs et arabes en groupe sur le trottoir…
21:47 Publié dans La loi des plus nombreux | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


