10.05.2009

Ancienne église de Darbois (le matin)

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06.05.2009

Je ne suis pas si jaloux d'eux parce qu'au fond...

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Au fond que connaissent ils du kiff ? Ils ne se sont jamais roulés par terre en poussant des hurlements rue Jean-Jacques Rousseau à Grenoble par une nuit glacée, se battant avec d’autres types pour s’approprier le sac en aluminium d’un cubi de vin rouge. Et puis ce vin ils ne l’ont pas bu en s’en renversant sur le menton, le cou, et le long du torse, en autant de magnifiques rigoles sucraillées, ces délices ils ne les connaissent pas. Et puis parler trop fort dans des rues désertes, entrer en escaladant la barrière dans les fêtes privées, fréquenter les teufs trance ou l’on trébuche sur des chiens malnutris, entrer dans des allées d’immeuble avec un pass de facteur, réclamer le gite et le couvert chez l’habitant les soirs d’hiver sous prétexte qu’on est réfugié serbe de Banja Luka, courir pour échapper à la police, se faire foutre dehors des fêtes de jeunes cools en étant l’objet de mille cris de haine, fracturer la porte de service du macdo et dévorer les hamburgers trouvés dans le compacteur de poubelle, pisser contre le comptoir du bar sans être vu dans une salle des fêtes ou l’on est si nombreux que l’on en a les bras pressés le long du corps, parler mal aux filles pour gagner leur respect, s’étriper dans des discussions portants sur les mérites comparés de Louis XVI et Joseph II ou sur ceux de Peter North et de Rocco… Et les retours chez soi à 6 heures du matin, où l’on se couche en travers du sens du lit avec chaussures, manteau et sac à dos. Dormir avec son sac à dos. Et se réveiller 4 heures plus tard la tête prise dans un étau de forgeron, le visage rouge aux pores dilatées, et là le téléphone sonne c’est ta mère qui te demande pourquoi tu ne viens pas déjeuner, elle a préparé un poulet basquaise et c’était pourtant bien prévu que tu devais venir.

Terré chez soi

C’est pour aller travailler que je sors. Le reste du temps, c'est-à-dire au cours de l’ensemble des moments qui ont vocation à être dépensés en non-travail, je suis presque toujours seul chez moi. Je regarde des conneries sur internet, des trucs de polémique… Ca occupe de regarder ces types dans la mouvance de Soral, tous en train de s’agiter « contre » ceci, « contre » cela… Je connais tout plein d’interviews de dailymotion que des « anti-machin » donnent à leur caméscope.
Le dimanche je vais juste au Franprix et au lavomatic pour mon linge. Putain, Houellebecq.
J’ai ce mélange de culpabilité et de dévalorisation quand je traîne dans la rue. C’est cette pointe de lance fichée au cœur, et qui est là, à triturer, à tourner, à fouiller. J’ai mal seul. Y a bien quelques inconnues qui me regardent des fois mais ça ne veut rien dire. Cela fait longtemps qu’il n’y a plus une seule fille dans mon paysage, même plus un de leurs noms dans mon téléphone portable. Avant, lorsque parfois je m’ennuyais je prenais mon téléphone « allez j’appelle quelqu’un » et y avait des Sylvana, Elaine, Marie-Sophie, Annabelle, Caroline… C’était avant de travailler « pour de vrai ».
Affamé d’affection et de reconnaissance, je suis assiégé dans un château. Chaque « sortie » me coûte en espoir et en énergie, et au bout de la sortie lorsque je comprends que je vais rentrer me terrer à l’abri du monde encore une fois, j’ai du vague à l’âme sur le pont des Arts vendredi soir coucher de soleil, en regardant ces filles parfois charmantes et ces cons heureux d’en faire partie.
J’ai l’impression d’être un taureau dans un spectacle de rodéo, bloqué dans le box avant d’apparaître sur la piste, tout furieux tout contenu tout inutile, mais les portes ne s’ouvrent pas… toujours pas… J’ai peur qu’elles ne s’ouvrent jamais, j’ai peur d’un jour être trop vieux trop diminué par la frustration pour aller faire bonne figure sur la piste, j’ai peur du gâchis. C’est cela que j’ai à l’esprit, à chaque pas dans Paris capitale de la France mon pays.

J'arrive pas à être un enculé dans mon taf

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J’avais 18 ans j’étais trop fragile et trop fougueux, je me consumais. Je souhaitais la vie sexy, la vie à inventer, la rare et élégante de voyou bien élevé. J’ai pas été assez aimé des filles. Y en a eu. Elles ont été gentilles. Mais pas assez. Il me fallait plus. Pour colmater toutes les brèches, recouvrir toutes les faiblesses, pour renforcer toute l’armature… Pour me préparer à affronter l’horrible monde du travail il me fallait mille bisous par jour, de fille acharnée à sa tâche et que l’on repousse parce qu’elle en devient agaçante. C’est comme ça que l’on devient un homme. C’est lorsque rassasié, le besoin d’amour s’éteint, son urgence n’est plus, et qu’alors on peut se tourner vers des objectifs froids, chiffrés et rémunérés. Et là on peut faire la grosse thune, ricaner sur les collègues, enculer fièrement les clients, et sûr de soi, monter lentement mais sûrement dans la hiérarchie. Et comme ça peut être qu’un jour on devient directeur d’une entreprise de panneaux solaires ou de pièces métalliques, et on a son interview dans une revue de management.

La Sylphyde (ballet)

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