28.07.2009

Boukrah

SKEU JPREFERE SUR CES CHAUSSURES C EST QU ON VOIT LE DEBUT DES DOIGTS DE PIEDS qu’elle gueule ma collègue de bureau Aurélia Boukrah à un mètre de moi. J’ai mal à la tête on est  sortis hier soir avec « ma team », une sortie de bureau, une « team night out ». Et à un moment cette crasseuse cette pouilleuse cette bouseuse qui parle fort, fait des régimes dissociés et aime les nwars je la surprends dans une rue à côté du bar en train de pisser entre 2 voitures garées comme un mec. Sauf qu’elle est une fille. Comme ça : tout accroupie dégueulasse, une vraie mygale ! Boukrah ! Deux pans de sa jupe délicatement remontées, maintenus du bout des doigts, et tout dessous la grosse flaque sous ses grosses jambes courtes.  Ce matin elle arrive au bureau et face à elle je la salue, en relevant les pans de ma veste de costard très haut, fléchissant les genoux, je fais la révérence : « Madâââme… ». Elle a même pas compris.

Plus jamais Paris

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Je me souviens de ces boulevards larges et pourtant inexplicablement sombres, de ces ruelles de ces places, tout en gris, triste, inerte, grand paquebot surpeuplé mais déserté en esprit depuis très longtemps semblait-il. C'était un dépotoir à ciel ouvert, une blague, un symbole à lui tout seul de décadence des blancs, un ancien charmant village rendu bidonville extrêmement crasseux. La crasse sur le trottoir, la crasse dans le métro, la crasse sur la gueule des gens, dans leur expression dans leur mode de vie, dans leur j'aime-j'aime pas. Vous arrivez 15 ans trop tard monsieur. Tout se passait dans les années 90-94, y avait pas internet, Paris n'était pas quadrillé de Google map et d'agenda concerts. Sortir c'était sortir! Un mystère, on savait pas ce qu'il y aurait. C'était vraiment sortir de chez soi!

-Pardon tout se passait dans les années 70 monsieur! Gainsbourg au palace, les mémères veuves d'Indochine, les chevelus qui revenaient de Katmandou, le grand rêve des révolutions populaires! Tout un monde encore enraciné! Des gens réellement parisiens depuis des générations, parisiens comme des bergeracois de Bergerac.

-Pardon tout se passait avant 1900! Un peuple du pays réel. Celui décrit par Fernand Braudel et Georges Bernanos qui jactait comme Audiard et croyait vraiment en Dieu !

-Pardon tout se passait avant la Révolution monsieur! Talleyrand l'a dit! Paris ville parcourable a pied avec au bout les vallons enchanteurs, la sieste adolescente sous un pommier avec une Margot une Marion une Marie-Louise tâche-de-rousseurisée, « qui n'a pas connu la France d'avant 1789 n'a pas connu la douceur de vivre »! Le charme gratuit, le virginal inachetable, souillé à l'usure, et vengé en mille torrents d'injures par Louis-Ferdinand !

Kop Boulogne

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25.05.2009

La respiration se fait plus facile

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Photo de Renaud Camus

Vendredi et Samedi

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Vendredi. Je passe la journée à Bruxelles pour chercher des appartements. Ma boîte déménage et nous offre gracieusement une journée de visite. Je rencontre des agents immobiliers qui me font visiter des « meublés ». J’en fais comme ça 4 ou 5 des meublés. Des trucs supra-miteux, on entre ça sent l’humidité, bon d’accord c’est grand pour le prix, rien à voir avec les clapiers de Paris mais enfin… C’est drôlement « meublé ». C’est meublé avec des matelas qui ont des traces suspectes, ces fameuses auréoles de matelas, avec des rideaux qui ont des trous, pour aérer peut être, « Hein ? Ho ça c’est pas grave hein » qu’il me dit l’agent immobilier. Ah bah si c’est pas grave alors ça va allez je le prends cet appart je signe ou ? Abruti. On me fait même visiter des appartements avec des grosses traces sur les murs et des coulures dans les chiottes, sûrement que le précédent locataire a fui pendant la nuit pour échapper au dernier loyer, c’est limite si il ne reste pas dans l’évier un plat de ravioli pas terminé avec une clope écrasée dedans. Là je m’insurge un peu je lui dis à l’agent que je l’aime bien sa promenade mais qu’on perd notre temps.

Allez on en visite un dernier, celui là c’est le bon, ouf. Allez on signe des tas de trucs moi je coupe ma respiration quand il parle parce qu’il a une très mauvaise haleine, faut repasser à son agence ou y a des collègues filles à lui de 20 ans de type garce de discothèque de province, faut resigner tout un tas de trucs et je fais vite parce que j’ai un train à prendre. 18h15 je suis dans le train, de bonne humeur, calme, je ne m’énerve même pas avec les gens dans la bousculade pour trouver sa place, comme ça fait du bien d’être calme. Je trouve 4 place en vis-à-vis rien que pour moi. Ciel bleu, soleil couchant sur tout le long du trajet Bruxelles-Paris qui est plein de verdures triomphantes, c’est très charmant, il ne manque guère qu’une fille avec qui partager cela pour que le tableau soit complet.

 

 

 

Samedi. Merde j’ai craqué pour une branlette au réveil passke je rêvassais à Ann. C’est de la faiblesse ça qu’est ce que tu fous Darbois ? C’est le matin. Ah tiens huit heure, hey c’est bien mec tu te lèves tôt ! Allez un peu de corde à sauter, un peu de boxe à vide, un peu d’abdos. Voilà, la sueur vient, ça sort, ça ruisselle. Allez on arrête.

Douche, rasage sur fond de « Le Crabe Tambour » de Schoendoerffer. Typique film français de droite. Dit beaucoup mais ça ne saute pas aux yeux, faut aller chercher, faut se faire chier, faut avoir un à priori positif.

C’est Samedi. Allez je passe à mon taf faut que j’avance ceci et cela. Ligne 8. J’arrive boulevard Haussmann, je monte, j’entre, je vais à ma place c’est la numéro 17/34, on est 34 sur mon sales-floor. Mais aujourd’hui c’est congé y a personne. « Ho Darbois t’es là ?? » De derrière un bureau surgit un collègue qui vraisemblablement a dormi là, Macateer. « Ho là là Darbois chui dans un état… J’ai dormi là on a fait l’anniversaire de Sébastien hier et moi j’habite trop loin… ». Je le laisse jacter je l’aime pas ce type. Il devient violent quand il est ivre, je l’ai vu, il se lève des trainées, des épaves, il est surnommé « le baleinier ». C’est écrit sur le tableau des scores de performance de la boîte, passke on a chacun des surnoms.

Plus tard je vais au Palais-Royal. Je pense à Louis-Ferdinand Céline. Son passage Choiseul juste à côté. Tous les recoins pourris qu’il a fouillés de bas en haut dans Mort à Crédit pour trouver un emploi. Le Palais-Royal, la rue Vivienne, le square Louvois… Ferdinand le céfran. J’échoue affamé au Macdonald’s de la rue Rivoli, et je prends à emporter un  horrible combo  avec plein de « maxi » et de « best of ».

Direction le jardin des Tuileries. On est Samedi, voilà le mauvais temps qui s’annonce, les nuages se font serrés, il se fait lourd, cool. C’est cool le mauvais temps passke comme ça y a pas trop d’amoureux dans les jardins. Je m’affale sur une chaise de fainéant avec l’assise inclinée pour mieux jouir de la sensation de repos. C’est une époque stressless. J’ouvre le sac ma queue donald et observe là bas devant, au-delà des pelouses interdites la cohorte sans cesse renouvelée des touristes dans l’allée centrale. Ils s’étirent en un grand mille-pattes à double sens de circulation. Ils prennent leur temps. Je bouffe et observe des pigeons ramiers sur la pelouse interdite. Y en a 3 ou 4. Ils ont toute la pelouse pour eux ces salauds. Et toutes les statues de Diane chasseresse et tous les taureaux de labyrinthes. Ils ne savent même pas apprécier. Ils sont là les mâles à tâcher d’accomplir des parades pour les femelles, grotesques, ils se répandent en sortes de roues de paon ratées mais la femelle elle s’en fout elle s’en va picorer un peu plus loin. Les nanas s’en foutent de nos gros muscles et de nos sauts à la perche, ça ne leur parle pas, pas plus que « l’aspect violemment anatomique du gland » dixit Houellebecq dans Plateforme, c’est pas la peine de se gonfler. La pigeonne ramier voilà même qu’elle lui met des gifles au mâle ! Oui avec son aile. Vraiment à un moment le mâle voulait trop la sauter et elle lui a mis une gifle d’aile. « Monsieur, vous et votre bite, êtes des rustauds ! » peut-être bien que ça voulait dire.

A proximité s’installent des jeunes comme moi, ils prennent des chaises vertes comme moi et se préparent à bouffer aussi. C’est deux nanas et un type. Y a une des deux nanas qui est « bonne » et porte un leggin. A chaque fois que j’observe le specimen « jolie jeune fille blanche à Paris » je me dis que voilà : dans tout ce béton, dans tout ce gris, une pareille plante a réussi à pousser. Une plante pleine de santé, admirablement chlorophyllée, lisse, brillante. Et ça m’agresse que coupées de toute vitalité, des nanas arrivent à resplendir comme cela. En tant que mec je me sens spectateur imbécile et inutile. Depuis tout petit j’ai la brutale  impression que les nanas ont moins besoin de nous que nous d’elles. Ah tiens voilà la pluie. Alors là bas, tout là bas au-delà de la pelouse interdite, la cohorte des touristes, le long mille-pattes qui s’étirait lentement, le voilà qui s’affole, il accélère dans les deux sens, il explose en dizaines d’individus qui s’enfuient par les petites contre-allées. Au secours c’est la pluie ! On n’avait pas prévu ! On savait pas ! Vite vite ils quittent le jardin, il leur faut un lieu couvert, les arcades de Rivoli, la station de métro à aller peupler par centaines n’importe quoi mais pas la pluie! La pluie on ne plaisante plus ! Et moi seul sous mon arbre à l’abri je les regarde, je digère un ma-queue-do.

Un regard vers le groupe à côté. La jolie nana mange des carottes crues qu’elle a apporté dans un sac. Ca me fait penser à des diarrhées et des pertes blanches, et des trucs de nanas actives urbaines indépendantes, ça me calme un peu. En plus même avec le leggin ses jambes semblent pataudes, elles ne sont pas « admirablement déliées » comme la Molly de Céline dans le Voyage. Alors merde. Bon allez je rentre. A pied vers Opéra, s’engouffrer dans le métro, stop à Filles du Calvaire. J’habite à Filles du Calvaire.