25.05.2009

La respiration se fait plus facile

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Photo de Renaud Camus

Vendredi et Samedi

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Vendredi. Je passe la journée à Bruxelles pour chercher des appartements. Ma boîte déménage et nous offre gracieusement une journée de visite. Je rencontre des agents immobiliers qui me font visiter des « meublés ». J’en fais comme ça 4 ou 5 des meublés. Des trucs supra-miteux, on entre ça sent l’humidité, bon d’accord c’est grand pour le prix, rien à voir avec les clapiers de Paris mais enfin… C’est drôlement « meublé ». C’est meublé avec des matelas qui ont des traces suspectes, ces fameuses auréoles de matelas, avec des rideaux qui ont des trous, pour aérer peut être, « Hein ? Ho ça c’est pas grave hein » qu’il me dit l’agent immobilier. Ah bah si c’est pas grave alors ça va allez je le prends cet appart je signe ou ? Abruti. On me fait même visiter des appartements avec des grosses traces sur les murs et des coulures dans les chiottes, sûrement que le précédent locataire a fui pendant la nuit pour échapper au dernier loyer, c’est limite si il ne reste pas dans l’évier un plat de ravioli pas terminé avec une clope écrasée dedans. Là je m’insurge un peu je lui dis à l’agent que je l’aime bien sa promenade mais qu’on perd notre temps.

Allez on en visite un dernier, celui là c’est le bon, ouf. Allez on signe des tas de trucs moi je coupe ma respiration quand il parle parce qu’il a une très mauvaise haleine, faut repasser à son agence ou y a des collègues filles à lui de 20 ans de type garce de discothèque de province, faut resigner tout un tas de trucs et je fais vite parce que j’ai un train à prendre. 18h15 je suis dans le train, de bonne humeur, calme, je ne m’énerve même pas avec les gens dans la bousculade pour trouver sa place, comme ça fait du bien d’être calme. Je trouve 4 place en vis-à-vis rien que pour moi. Ciel bleu, soleil couchant sur tout le long du trajet Bruxelles-Paris qui est plein de verdures triomphantes, c’est très charmant, il ne manque guère qu’une fille avec qui partager cela pour que le tableau soit complet.

 

 

 

Samedi. Merde j’ai craqué pour une branlette au réveil passke je rêvassais à Ann. C’est de la faiblesse ça qu’est ce que tu fous Darbois ? C’est le matin. Ah tiens huit heure, hey c’est bien mec tu te lèves tôt ! Allez un peu de corde à sauter, un peu de boxe à vide, un peu d’abdos. Voilà, la sueur vient, ça sort, ça ruisselle. Allez on arrête.

Douche, rasage sur fond de « Le Crabe Tambour » de Schoendoerffer. Typique film français de droite. Dit beaucoup mais ça ne saute pas aux yeux, faut aller chercher, faut se faire chier, faut avoir un à priori positif.

C’est Samedi. Allez je passe à mon taf faut que j’avance ceci et cela. Ligne 8. J’arrive boulevard Haussmann, je monte, j’entre, je vais à ma place c’est la numéro 17/34, on est 34 sur mon sales-floor. Mais aujourd’hui c’est congé y a personne. « Ho Darbois t’es là ?? » De derrière un bureau surgit un collègue qui vraisemblablement a dormi là, Macateer. « Ho là là Darbois chui dans un état… J’ai dormi là on a fait l’anniversaire de Sébastien hier et moi j’habite trop loin… ». Je le laisse jacter je l’aime pas ce type. Il devient violent quand il est ivre, je l’ai vu, il se lève des trainées, des épaves, il est surnommé « le baleinier ». C’est écrit sur le tableau des scores de performance de la boîte, passke on a chacun des surnoms.

Plus tard je vais au Palais-Royal. Je pense à Louis-Ferdinand Céline. Son passage Choiseul juste à côté. Tous les recoins pourris qu’il a fouillés de bas en haut dans Mort à Crédit pour trouver un emploi. Le Palais-Royal, la rue Vivienne, le square Louvois… Ferdinand le céfran. J’échoue affamé au Macdonald’s de la rue Rivoli, et je prends à emporter un  horrible combo  avec plein de « maxi » et de « best of ».

Direction le jardin des Tuileries. On est Samedi, voilà le mauvais temps qui s’annonce, les nuages se font serrés, il se fait lourd, cool. C’est cool le mauvais temps passke comme ça y a pas trop d’amoureux dans les jardins. Je m’affale sur une chaise de fainéant avec l’assise inclinée pour mieux jouir de la sensation de repos. C’est une époque stressless. J’ouvre le sac ma queue donald et observe là bas devant, au-delà des pelouses interdites la cohorte sans cesse renouvelée des touristes dans l’allée centrale. Ils s’étirent en un grand mille-pattes à double sens de circulation. Ils prennent leur temps. Je bouffe et observe des pigeons ramiers sur la pelouse interdite. Y en a 3 ou 4. Ils ont toute la pelouse pour eux ces salauds. Et toutes les statues de Diane chasseresse et tous les taureaux de labyrinthes. Ils ne savent même pas apprécier. Ils sont là les mâles à tâcher d’accomplir des parades pour les femelles, grotesques, ils se répandent en sortes de roues de paon ratées mais la femelle elle s’en fout elle s’en va picorer un peu plus loin. Les nanas s’en foutent de nos gros muscles et de nos sauts à la perche, ça ne leur parle pas, pas plus que « l’aspect violemment anatomique du gland » dixit Houellebecq dans Plateforme, c’est pas la peine de se gonfler. La pigeonne ramier voilà même qu’elle lui met des gifles au mâle ! Oui avec son aile. Vraiment à un moment le mâle voulait trop la sauter et elle lui a mis une gifle d’aile. « Monsieur, vous et votre bite, êtes des rustauds ! » peut-être bien que ça voulait dire.

A proximité s’installent des jeunes comme moi, ils prennent des chaises vertes comme moi et se préparent à bouffer aussi. C’est deux nanas et un type. Y a une des deux nanas qui est « bonne » et porte un leggin. A chaque fois que j’observe le specimen « jolie jeune fille blanche à Paris » je me dis que voilà : dans tout ce béton, dans tout ce gris, une pareille plante a réussi à pousser. Une plante pleine de santé, admirablement chlorophyllée, lisse, brillante. Et ça m’agresse que coupées de toute vitalité, des nanas arrivent à resplendir comme cela. En tant que mec je me sens spectateur imbécile et inutile. Depuis tout petit j’ai la brutale  impression que les nanas ont moins besoin de nous que nous d’elles. Ah tiens voilà la pluie. Alors là bas, tout là bas au-delà de la pelouse interdite, la cohorte des touristes, le long mille-pattes qui s’étirait lentement, le voilà qui s’affole, il accélère dans les deux sens, il explose en dizaines d’individus qui s’enfuient par les petites contre-allées. Au secours c’est la pluie ! On n’avait pas prévu ! On savait pas ! Vite vite ils quittent le jardin, il leur faut un lieu couvert, les arcades de Rivoli, la station de métro à aller peupler par centaines n’importe quoi mais pas la pluie! La pluie on ne plaisante plus ! Et moi seul sous mon arbre à l’abri je les regarde, je digère un ma-queue-do.

Un regard vers le groupe à côté. La jolie nana mange des carottes crues qu’elle a apporté dans un sac. Ca me fait penser à des diarrhées et des pertes blanches, et des trucs de nanas actives urbaines indépendantes, ça me calme un peu. En plus même avec le leggin ses jambes semblent pataudes, elles ne sont pas « admirablement déliées » comme la Molly de Céline dans le Voyage. Alors merde. Bon allez je rentre. A pied vers Opéra, s’engouffrer dans le métro, stop à Filles du Calvaire. J’habite à Filles du Calvaire.  

Abandon

Il y a quelque chose de bien particulier qui s'est produit quand il s'est permis de dire ça. C'est "l'artiste" de rap français qui vend le plus... Cela dit beaucoup de choses sur une certaine mentalité disons générale. Mais ça nous le savions déjà. Ici je veux plutôt dire qu'il n'y a aucune limite, aucune barrière à ce qu'il dise, réalise des clips, chie quoi que ce soit, lui un de ses comparses ou même n'importe qui en France, aucune barrière donc, vers quelque chose d'encore plus obscène, insultant, salissant envers les "Blancs". Ces gens-là marchent à la coercition. Tant que ne se manifeste pas un "coup de pression" contre lui c'est qu'il est dans son bon droit. Ces gens-là marchent comme ça. Et c'est pourquoi je veux dire toute ma désaffection pour les soit disant fachos, les ultras, les vénères, les intransigeants qui s'agitent dans des assoces des groupuscules des machins. Franchement si un seuls de ces apaches ou de ces soral qui donnent des interviews à leur caméscope avait au fond de lui un vrai amour de son peuple et de la France, cela fait longtemps que le Cayenne de Rohff aurait été décoré d'une inscription amusante gravée au trousseau de clé sur la portière côté conducteur. Ce travail il n'est pas fait pourquoi? Il y a trois solutions: 1/On pense que ça ne signifie rien qu'il ait dit ça, que c'est anecdotique; 2/On a peur/la flemme/pas envie/pas motivé; 3/On sent au fond de soit qu'il n'y a rien à faire qu'il faut abandonner, et tâcher d'être du bon côté.

On peut penser une de ces choses, mais alors il ne faut plus jamais jouer au vénère au ultra au machin, et fermer sa gueule et désactiver son blog de cuistre castré qui ne sert à rien à part propager de la haine dans les coeurs des céfrans influençables. Si la violence des mots d'un blog ne se retrouve pas dans l'homme qui en est l'auteur sous forme de violence envers les CPF et leurs amis, de lutte créative et marrante et de générosité pour les Céfrans alors ce blog est une coquille vide, un numéro de cirque, des promesses de pédale et ça fait bien trop longtemps que fleurissent des blogs et des groupuscules qui jurent que avec eux on va voir ce qu'on va voir, et qui finissent par se marraver entre eux façon AF contre Renouveau bravo les gars, ou qui contournent le vrai combat "nan c'est des sous-prolétaires américains du ghetto en fait le vrai problème c'est pas ça c'est les..." gnagnagna. Il s'arrête bien vite le courage du vénère qui vient de visionner "300"...

Doute

Je viens cracher ma haine et ma rancœur sur ce blog mais fond qu’est-ce que cela apporte ? Tant d’autres le font à leur façon, je ne suis pas le seul. On s’écrit des commentaires, on se félicite, on se critique mais à quoi cela sert-il ? On se monte le bourrichon, on se délimite un petit monde du monde des idées et c’est nous qu’a raison. Mais la vie n’est pas un long blog réac. Est-ce que faire des blogs, même des très intelligents, permet de rencontrer d’autres gens vraiment, de faire des choses intéressantes dans le monde, d’un tout petit peu se réaliser ? Il semble que non.

13.05.2009

Vingt ans

« JE SAIS DE QUOI JE PARLE MOI LE BATARD J’AI DU FETER MES VINGT ANS AVEC TROIS BOUTEILLES DE VALSTAR » Iam

 

A Grenoble ou j’ai vécu du lycée à la fin de mes études, le nivellement par le bas était si important que je croyais qu’être riche c’était gagner 2000 euros par mois. Les cours que l’on avait au lycée, loin de nous initier au monde du travail, de nous préparer à lui, nous plaçait à des années-lumière de celui-ci. Rien ne ressemblait à des idées d’espoir, de confiance en l’avenir, de réussite, de certitude de joies futures, de progrès, d’effort et de récompense d’effort. Il n’y avait rien que ce paysage compose de racailles, de hippies sales, de bobos et de forets d’arbres marronnasses le long des barres montagneuses. Et beaucoup, beaucoup de temps libre pour réfléchir a tout ca. Tout ce temps perdu à ne pas baiser, tout ce temps perdu à ne pas deviner sa vocation professionnelle au cours d’une discussion avec une relation d’affaire de son père, à ne pas marcher vers l’appartement de sa nouvelle copine un début d’après midi de juin en écoutant la chanson de Sam & Dave « Hold on I’m coming », à ne pas remporter des compétitions sportives et acquérir la confiance en soi qui va avec, à ne pas voir son existence reconfirmée par un croisement de regard imprévu avec une fille qui passe, tout ce temps perdu à ne pas avoir entendu ces chuchotements bienveillants et ces minauderies de nana amoureuse,  à ne pas être le jeune beau et léger qui arrive en retard à une soirée dans un appartement avec des moulures au plafond, à ne pas engranger des diplômes, à ne pas ignorer les multiples tentations quotidiennes que sont l’angoisse, la culpabilité, et la lâcheté du « on verra bien demain ». A l’approche du bac je me disais qu’il y aurait bien un déclic, et finalement il n’y a eu aucun déclic, incapable que j’étais de qualifier ces trucs avec lesquels je ne faisais qu’un: agoraphobie, sentiment permanent de culpabilité, incapacité à penser à l’avenir, ne pas me sentir à la hauteur ou digne d’un statut élevé, pas d’énergie, et puis surtout ne pas y croire, cette sensation globale que toute cette période de transition était absurde. Aujourd’hui j’en veux tellement à ce système faible dans lequel j’ai macéré, cet air ambiant individualiste et déconnecté, qui encourage l’athéisme, le divorce des parents et la déprime des jeunes, leur faisant croire que réussir c’est devenir fonctionnaire. Je me dis que tout cela ne serait pas arrivé si ce système était davantage pétri de valeurs morales rébarbatives, de glorification de la famille et de l’initiative professionnelle, s’ il y avait eu des professeurs capables de transmettre un savoir comme un patrimoine, si il y avait eu des blasons et des phrases en latin gravées au frontispice des écoles, ou quoi que ce soit qui connote la quête du meilleur au lieu du nivellement, si il y avait eu des prêtres, des pasteurs ou des rabbins pour écouter mon incompréhension totale de ce monde et y répondre par des paroles de sagesse. Non il n’y avait rien de tout cela et l’on pouvait passer complètement à coté de sa vie sans que rien ne se mette en travers, on pouvait cogner contre les murs, crier dans le vide, il ne se passerait rien. Je connaissais une dizaine de types de mon âge qui prenaient du Prozac, au moins 5 autres diagnostiqués schizophrènes et qui sont partis à l’HP, et un autre type qui s’est suicidé. Alors c’était ca être jeune ? En me renseignant dans des revues médicales, j’apprenais que les troubles mentaux apparaissent le plus souvent entre 19 et 30 ans. Tiens on ne nous avait pas prévenus.  Cependant depuis le collège on nous avait prédit le chômage, et je ne croyais décemment pas que dans 5 ans, il pouvait être possible de sortir enfin de quelconques études, pour trouver un boulot intéressant et bien payé. Je n’arrivais pas à appréhender ce langage administratif, il ne recouvrait aucune réalité : CAF, APL, 2ème cycle, bail, validation d’acquis, équivalence, homologation, report, concours passerelle, IUT, classement des ESC, diplôme reconnu, visé… et personne n’était la pour vous expliquer… A la rigueur tu allais dans un centre d’orientation départemental, un truc ouvert 3 heures par jour et 4 jours par semaine, et là une sorte d’employée te disait d’aller regarder dans des classeurs oranges les formations qui existent, ce qui constituait sans doute la meilleure solution pour se planter une bonne fois pour toutes. Venait s’ajouter à cela des torrents de doutes intérieurs comme « mais je ne vais quand même pas travailler dans le commerce c’est un truc d’épicier ca correspond a rien, c’est une vaste blague », « le capitalisme c’est dégueulasse »… échos de l’esprit du temps véhiculé par les programmes cools et séduisants de Canal+, par nos livre d’économie truffés de textes de chercheurs au CNRS et a l’EHESS, et par cette mentalité collective qui admire davantage Edwy Plenel que François Pinault… Pourtant François Pinault est un personnage intéressant, parti de rien il a monté un empire le petit Céfran... Je ne me préparais pas un avenir parce qu’il n’y aurait pas d’avenir. Je n’en pouvais plus du lycée et pourtant je sentais venir l’époque bien plus terrible ou ce lien social n’existerai plus, je n’en pouvais plus de ne pas être aimé des filles et pourtant chaque nouvelle relation m’écœurait davantage. Alors bosser pour entrer dans des classes prépas afin d’entrer dans des ESC pour accéder si tout se passait bien à des jobs bien payés pour 70h/semaine… Mais jamais, jamais je n’aurai pu entamer une telle démarche.  Après le bac j’ai commencé à angoisser et a déprimer de plus en plus, toujours sans comprendre pourquoi. Il était trop tard pour passer certains concours, choisir sa voie, déjà les portes se refermaient. Je me suis inscrit en première année de droit, par dépit. Je croyais avoir des amis, erreur. Mon portable a arrêté de sonner. Ce que j’avais si longtemps redouté pour l’après-lycée était en train d’arriver : l’isolement. Je sentais vaguement que j’étais dans une impasse, que mon avenir n’était pas entre mes mains, que j’avais une responsabilité à tenir par rapport a ma famille, que je devais être la pour elle, pour ne pas qu’elle éclate. En fait déprimer comme ca c’était de la fidélité, c’était maintenir le dernier stade de cohésion avant l’éclatement définitif. Après 3 mois j’ai décidé d’abandonner la fac. Aussitôt sont arrivées d’énormes crises d’angoisse dés que je m’éloignais de plus de 2 rues de la maison, j’étais quasiment certain d’être en train de devenir fou, je me réveillais au milieu de la nuit en sueur dans un état de terreur insupportable, je pleurais toute la journée sans pouvoir m’arrêter, impossible de regarder les gens dans les yeux, je tressaillais au son de ma propre voix, la lumière étant anxiogène je fermais les volets de ma chambre. C’était la vraie solitude, le monde continuait mais moi je m’étais arrêté, j’avais 19 ans.

Féerie

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Sans création continuelle, artistique, et de tous, aucune société possible, durable, surtout aux jours d’aujourd’hui, où tout n’est que mécanique, autour de nous, agressif, abominable. Louis-Ferdinand Céline 1942

Lettre à ma tante

Chère Sandrine,

Je suis tellement désolé  pour l’autre soir chez Claire je me suis enfoncé dans cette maladresse, je ne réalisais pas qu’en parlant des gens qui dorment dans la rue j’appuyais sur ta douleur d’avoir perdu ton frère mort de froid ainsi en anonyme. C’est comme ça que l’on vit chez nous. Les gens meurent seuls dans la rue parce que nous les avons abandonnés. A Grenoble j’en connaissais. Ils ont de quoi manger, ils n’ont pas de danger immédiat qui pèse sur leur survie mais voilà ils n’en peuvent plus, ils ont été abandonnés, par leur Famille par leur femme souvent…

Mais c’est toute cette soirée qui m’a rendu furieux, insensible à l’éventuelle douleur des autres. D’abord cette pièce de théâtre. J’y suis allé pour faire plaisir à Claire. Mais de moi-même je n’irai jamais voir des spectacles à part des ballets classiques, parce que tout cela est dégoûtant toujours teinté d’idéologie et de cochonneries « sociales ». Déjà je n’aime pas la pensée de Diderot, mais en plus là c’était Diderot remixé par Kundera remixé par un metteur en scène. Et là bas cela m’a vraiment dégoûté de voir tous ces sales vieux prendre leurs places et attendre de jouir du spectacle dûment payé. Sur scène qu’a-t-on vu ? Un vieux beau réalisateur-producteur-acteur en personnage principal et puis des jeunes filles blanches agiter leurs culs, jouer aux salopes qui ne font pas exprès. Ca me provoquait des remontées de pensée de pression interraciale, de la ligne de front dehors, dans le réel, la putain de ligne de front qui recule comme une ligne de calvitie. Le monde est en train de s’écrouler parce que les jeunes filles blanches sont trop rares trop belles et trop protégées. Et surtout dans la salle je voyais tous ces sales vieux rigoler, ces loosers ces ignorants du monde et du combat, ces ignorants de la ligne de front. Je bouillonnais j’avais envie de me lever d’aller sur scène de cogner le bellâtre et de gueuler un truc comme vive l’Action Française bande de fils de putes. Est-ce qu’il n’y a que moi le batard le métis pour me rendre compte du danger que court la France par la faute de la bonté imbécile des Céfrans eux-mêmes ?  Le triomphe de « Jacques et son maître » c’est vraiment la plus ignoble chose, cela me fait aussi mal d’y assister qu’à un tonnerre d’applaudissement sur un plateau télé pour Yannick Noah. Cela me fait mal de voir à quel point il n’y a AUCUNE BARRIERE entre le prétendu monde blanc et sa désintégration par le ventre. Tu met un Blanc se baladant avec une femme arabe même voilée dans n’importe quel endroit de Alger, Le Caire, Damas, et des centaines de regards haineux voire plus si affinités suivront le couple au fur et à mesure de son parcours. Tu mets n’importe quel salope blanche sous la protection coercitive de Houhzkrib ou de Bonoba et tu leur fait faire un tour de France, ils ne souffriront pas du moindre désagrément. Je n’en peux plus de cette gentillesse imbécile de cette dégueulasserie de cette cochonnerie, je suis Tintin au pays des peigne-culs et je n’en peux plus d’être le bâtard, le mi-mi, celui qui comprend très bien le sens de la lâcheté des uns et de la hardiesse des autres, parce que moi qui ait vécu chez les deux camps personne ne peut me la faire.

Ensuite le dîner chez Claire ça a été le pompon. Je pensais passer une bonne soirée en famille mais pardon j’ai vu une bande de bourgeois, de pleins de fric sous trois mètres de plafond et qui disent entre deux bouchées de foie gras qu’ils n’aiment pas rendre service et que c’est très bien ainsi. J’ai vu cette cochonnerie que je croyais celle des autres, m’être jeté à la face par les miens même, ceux de mon côté céfran et ça je ne le supporte pas. On venait de voir un spectacle qui crache explicitement sur la Bible, à cent mille lieues de constituer un semblant de début de société occidentale viable comme dans le film Nixon. Et j’ai vu une bande de renégat échanger des anecdotes sur un collègue professeur de physique-chimie qui aurait, assure-t-on, dit un mot de travers de porc sur les « Magrébins ». Cet apitoiement me dégoûte tellement si tu savais… Mais si tu savais les « Magrébins » comme ils attendent affamés ce genre de faiblesse, ce genre d’humanité pour vite-vite prendre un peu plus de place encore, pour y mettre à l’aise leurs bourrelets dans l’espace public comme on dit. Ah mais si tu savais ce qu’ils pensent de « vous »… Je suis celui qui sait combien il est criminel d’accuser la France et combien il est facile de s’algérianiser, de se laisser aller. A chaque saleté de titre de journal dans les kioskes, à chaque affiche de film « elle est blanche, elle est raciste elle va devenir noire », à chaque balise de ce nihilisme énorme et chaque jour renouvelée c’est une écharde qui s’enfonce sous ma peau. Alors je me suis construit tout un système de défense pour tâcher d’ignorer les voies d’eau de ce grand bateau qui coule.

J’ai parlé des clochards j’ai dis « les moisis ». Pardon c’est comme cela qu’on disait à Grenoble. Je n’ai pas eu le temps de dire avant que tu quittes la table en pleurs que les moisis sont mes frères, que le moisi c’est moi. Moi l’inadapté lorsque je pleure personne ne le voit, normal je suis seul chez moi. De partout je suis rejeté parce que trop fou trop jusqu’au-boutiste. Je hais tellement ce monde que je veux me battre à chaque coin de rue parce que les filles ont trop de pouvoir et notre force d’homme est inutile. Y a pas de complot sioniste ni de projet concerté ni de Oumma ni de Takia ni de protocoles. Y a que des filles très belles et la pression énorme que cela met sur les hommes, en particulier les imbéciles à vif comme moi. Les moisis sont les meilleurs d’entre nous. Ils sont les inadaptés les vrais les humbles les Capitaine Conan, pour qui ne suffit pas la vision de leur solde positif de compte en banque.  Et par bourgeois je désigne les plus abominables d’entre nous, les 99% d’entre nous, ceux qui osent adopter cette posture rebelle «je le dis sans honte : je n’aime pas rendre  service ». C’est des gens qui n’aiment pas rendre service, oui c’est de ces chiens là que meurent les moisis. C’est de cette suffisance de ce confort, de ses coussins écrasés ou le bourgeois assit ses viandes que meurent les humbles les beaux, les hypers-sensibles qui n’avaient besoin que de l’amour, la nourriture ils pouvaient l’avoir, mais qui ne l’ont pas car les bourgeois qui n’aiment pas rendre service ne sont mûs que par leur désir. Les bourgeois désirent aller au théâtre, dire du mal de leurs compatriotes puis aller se coucher, écrasés de fatigue digestive, repus de confort, et maudissant l’infâme qui a prononcé le mot « moisi » pour qualifier ceux qui dorment dans la rue parce que le bourgeois il sait ! Lui il est au courant hein les infos les journaux il la connaît la misère ! Il est contre la misère !

Je ne savais pas qu’il était décédé ton frère pardon. Ce monde est en train de s’écrouler. Les meilleurs d’entre nous s’en vont dans l’indifférence et on les remplace par des étrangers incapables qui n’en valent pas un dixième, qui augmentent sur nous la pression et l’urgence de trouver une femme, de nous accomplir dans la vie. C’est par notre faute qu’il est mort. Notre monde est tellement palpable, la Bible mais c’est des contes pour enfant nous dit-on. Pourtant comment ne pas voir dans ce drame les vérités sans cesse répétées de la Bible ? Les puissants mangent à leur faim et ne veulent rien savoir de ce qui se passe au dehors, ils veulent ignorer, oublier. Et les humbles portent le fardeau des puissants pour qu’ils continuent à se croire puissants.

Pardon pour la sortie proche de « famille je vous hais » avec une citation de Léon Bloy. Je vous aimerai toujours vous êtes mon point d’amarrage dans le monde, pour moi le bâtard élevé entre autre par une grand-mère avenue Mozart qui me montrait des images sur planches cartonnées de l’histoire de France « alors ça tu vois Lounès c’est Jeanne D’Arc quand elle arrive à… »  pour moi vous êtes la France elle-même, la fantasmée, la intérieure, celle de Bernanos et de Drieu, et pour m’avoir aimé lorsque j’étais petit pour m’avoir ainsi rempli de votre bienveillance de Céfrans j’aurai toujours un océan d’amour pour vous par delà les déserts nombreux ceux de la solitude qui forment ma vie.

Affectueusement Lounès

Bernanos

 

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C'est lorsqu'il y a trop à dire qu'il faut s'efforcer d'être le plus court possible. Le légendaire Cambronne l'avait compris bien avant moi.
Georges Bernanos Le Chemin de la Croix-des-Ames (1948)

Les sales types

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Au bureau ces fils de pute avec leurs « Sur Bartex tu billes à 29% ? C’est bon ça ! » ils se prennent pour des lumières et me sortent ces vannes ou l’on parle à la 3e personne en prenant quelqu’un à témoin. La bande des joyeux blakblanbeurs tolérants en train de gagner plein de fric elle ne me ferait pas de cadeau si elle apprenait qu’il a pu m’arriver de fréquenter le mauvais virage du Parc des Princes ou tout simplement si elle lisait ces lignes. Il faut voir les sommes astronomiques qu’engrangent ces imbéciles finis de la jeune bourgeoisie marchande blakblanbeur, c’est tout à fait terrifiant. Tant d’argent dans les mains de gens aussi inélégants et bêtes... Les voilà les bourgeois du 16ème de demain ? Quelle triste monde que celui de GQ et des bouquets satellites, ce petit monde-cocon qui récompense la lâcheté, le féminin, et la médiocrité. Je me mets à douter, perturbé dans mon élan, réalisant que je n’ai aucun échappatoire, et personne à qui parler dans cette ville mis à part ces gens à mon travail. Noyé dans cette coolitude hostile, le soir je rentre chez moi encore tout fumant de la colère accumulée au long de la journée.

 

 

10.05.2009

American Apparel

Voici une occasion de faire un choix : chier devant la vitrine ou fermer sa gueule de soit-disant de droite tradi vénère soral muslim ou mec conscient qui sait ou sont les vraies valeurs lui.

Qui connaît American Apparel ?

 

C’est une marque de fringues américaine. Le « business model » est le suivant :

-          On fait une marque très simple avec des produits très basiques : formes droites, couleurs au choix et point. Des prix abordables (bon quand même dans les 17 euros un tee-shirt).

-          On fait une signalétique reconnaissable : calligraphie emblématique écrite noire sur blanc, décliné sur tous les supports ou la marque apparait : étiquettes, publicités, PLV, campagne de mécénat.

-          On prend comme QG la ville de Los Angeles, on y met l’usine, et le siège social.

-          On cible comme clientèle les 16-35 ans urbains branchés du monde entier car on sait que ces masses expriment des désirs à peu près similaires.

-          On identifie ces désirs : décontraction, métissage, rébellion mais argent, ego, femmes très féminines et indépendantes, hommes pas trop virils et indépendants.

-          On fait de la transparence : les valeurs que l’on communique par la publicité sont cohérentes avec notre « business model ». Ainsi on lance la campagne de communication Legalize LA. C’est quoi ? C’est ça : nous American Apparel on demande aux USA de réformer les lois sur l’immigration de travail qui arrive dans notre pays. Les USA ont été bâtis par des immigrants et il y a un mauvais préjugé des WASP natifs envers les étrangers. Et on s’engage regardez : nos ouvriers dans notre usine de Californie sont étrangers à 70% mais on les paie beaucoup plus que la moyenne (chiffres à l’appui) et on est très respectueux d’eux en tant que travailleurs. On fait des publicités très identifiables (taper sur google « american apparel model ») avec une petite dimension underground (cohérent avec notre positionnement) mettant en scène des filles de différents types raciaux, que l’on va chercher parfois dans l’industrie porno de LA (Charlotte Stokely, Lauren Phoenix, Paola Ray…)

 

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American Apparel emploie 10,000 personnes dans le monde.

 

C’est juste comme ça une petite idée de la puissance de feu que représente la chose qui monte, et dont American Apparel ne représente qu’une part infime, et modérée, encore gentille, encore au repos. On a encore rien vu. Là ils sont gentils. Mais plus tard il se peut que de telles entreprises deviennent des sortes d’Etats, qu’elles enflent et que, aimées par tant de pourcent de consommateurs elles puissent alors sans crainte s’engager dans les combats portés par tels profils de consommateurs, contre tels autres profils. Imaginez seulement les énormes cosmopolites métissés enthousiastes plein de thune et d’orgasmes de American Apparel contre les minuscules crispés tradis frustrés et spoliés.

 

Mais tout ça pour dire combien dans mon esprit les soit-disant tradi, les fachos, les muslims intégristes, les vénères, les patriarcaux, les machins… sont des victimes et se battent pour des queues de cerise. Parce que si un seul d’entre eux croyait à ce qu’ils déblatèrent à longueur de site internet, des magasins American Apparel seraient plastiqués chaque nuit, des déversements de contenu de moto-crottes auraient lieu chaque jour devant les vitrines.

 

La chose monte et aucune barrière ne vient vraiment endiguer la dynamique parce qu’en fait nous n’avons pas vraiment envie que cela s’arrête.

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