13.05.2009

Vingt ans

« JE SAIS DE QUOI JE PARLE MOI LE BATARD J’AI DU FETER MES VINGT ANS AVEC TROIS BOUTEILLES DE VALSTAR » Iam

 

A Grenoble ou j’ai vécu du lycée à la fin de mes études, le nivellement par le bas était si important que je croyais qu’être riche c’était gagner 2000 euros par mois. Les cours que l’on avait au lycée, loin de nous initier au monde du travail, de nous préparer à lui, nous plaçait à des années-lumière de celui-ci. Rien ne ressemblait à des idées d’espoir, de confiance en l’avenir, de réussite, de certitude de joies futures, de progrès, d’effort et de récompense d’effort. Il n’y avait rien que ce paysage compose de racailles, de hippies sales, de bobos et de forets d’arbres marronnasses le long des barres montagneuses. Et beaucoup, beaucoup de temps libre pour réfléchir a tout ca. Tout ce temps perdu à ne pas baiser, tout ce temps perdu à ne pas deviner sa vocation professionnelle au cours d’une discussion avec une relation d’affaire de son père, à ne pas marcher vers l’appartement de sa nouvelle copine un début d’après midi de juin en écoutant la chanson de Sam & Dave « Hold on I’m coming », à ne pas remporter des compétitions sportives et acquérir la confiance en soi qui va avec, à ne pas voir son existence reconfirmée par un croisement de regard imprévu avec une fille qui passe, tout ce temps perdu à ne pas avoir entendu ces chuchotements bienveillants et ces minauderies de nana amoureuse,  à ne pas être le jeune beau et léger qui arrive en retard à une soirée dans un appartement avec des moulures au plafond, à ne pas engranger des diplômes, à ne pas ignorer les multiples tentations quotidiennes que sont l’angoisse, la culpabilité, et la lâcheté du « on verra bien demain ». A l’approche du bac je me disais qu’il y aurait bien un déclic, et finalement il n’y a eu aucun déclic, incapable que j’étais de qualifier ces trucs avec lesquels je ne faisais qu’un: agoraphobie, sentiment permanent de culpabilité, incapacité à penser à l’avenir, ne pas me sentir à la hauteur ou digne d’un statut élevé, pas d’énergie, et puis surtout ne pas y croire, cette sensation globale que toute cette période de transition était absurde. Aujourd’hui j’en veux tellement à ce système faible dans lequel j’ai macéré, cet air ambiant individualiste et déconnecté, qui encourage l’athéisme, le divorce des parents et la déprime des jeunes, leur faisant croire que réussir c’est devenir fonctionnaire. Je me dis que tout cela ne serait pas arrivé si ce système était davantage pétri de valeurs morales rébarbatives, de glorification de la famille et de l’initiative professionnelle, s’ il y avait eu des professeurs capables de transmettre un savoir comme un patrimoine, si il y avait eu des blasons et des phrases en latin gravées au frontispice des écoles, ou quoi que ce soit qui connote la quête du meilleur au lieu du nivellement, si il y avait eu des prêtres, des pasteurs ou des rabbins pour écouter mon incompréhension totale de ce monde et y répondre par des paroles de sagesse. Non il n’y avait rien de tout cela et l’on pouvait passer complètement à coté de sa vie sans que rien ne se mette en travers, on pouvait cogner contre les murs, crier dans le vide, il ne se passerait rien. Je connaissais une dizaine de types de mon âge qui prenaient du Prozac, au moins 5 autres diagnostiqués schizophrènes et qui sont partis à l’HP, et un autre type qui s’est suicidé. Alors c’était ca être jeune ? En me renseignant dans des revues médicales, j’apprenais que les troubles mentaux apparaissent le plus souvent entre 19 et 30 ans. Tiens on ne nous avait pas prévenus.  Cependant depuis le collège on nous avait prédit le chômage, et je ne croyais décemment pas que dans 5 ans, il pouvait être possible de sortir enfin de quelconques études, pour trouver un boulot intéressant et bien payé. Je n’arrivais pas à appréhender ce langage administratif, il ne recouvrait aucune réalité : CAF, APL, 2ème cycle, bail, validation d’acquis, équivalence, homologation, report, concours passerelle, IUT, classement des ESC, diplôme reconnu, visé… et personne n’était la pour vous expliquer… A la rigueur tu allais dans un centre d’orientation départemental, un truc ouvert 3 heures par jour et 4 jours par semaine, et là une sorte d’employée te disait d’aller regarder dans des classeurs oranges les formations qui existent, ce qui constituait sans doute la meilleure solution pour se planter une bonne fois pour toutes. Venait s’ajouter à cela des torrents de doutes intérieurs comme « mais je ne vais quand même pas travailler dans le commerce c’est un truc d’épicier ca correspond a rien, c’est une vaste blague », « le capitalisme c’est dégueulasse »… échos de l’esprit du temps véhiculé par les programmes cools et séduisants de Canal+, par nos livre d’économie truffés de textes de chercheurs au CNRS et a l’EHESS, et par cette mentalité collective qui admire davantage Edwy Plenel que François Pinault… Pourtant François Pinault est un personnage intéressant, parti de rien il a monté un empire le petit Céfran... Je ne me préparais pas un avenir parce qu’il n’y aurait pas d’avenir. Je n’en pouvais plus du lycée et pourtant je sentais venir l’époque bien plus terrible ou ce lien social n’existerai plus, je n’en pouvais plus de ne pas être aimé des filles et pourtant chaque nouvelle relation m’écœurait davantage. Alors bosser pour entrer dans des classes prépas afin d’entrer dans des ESC pour accéder si tout se passait bien à des jobs bien payés pour 70h/semaine… Mais jamais, jamais je n’aurai pu entamer une telle démarche.  Après le bac j’ai commencé à angoisser et a déprimer de plus en plus, toujours sans comprendre pourquoi. Il était trop tard pour passer certains concours, choisir sa voie, déjà les portes se refermaient. Je me suis inscrit en première année de droit, par dépit. Je croyais avoir des amis, erreur. Mon portable a arrêté de sonner. Ce que j’avais si longtemps redouté pour l’après-lycée était en train d’arriver : l’isolement. Je sentais vaguement que j’étais dans une impasse, que mon avenir n’était pas entre mes mains, que j’avais une responsabilité à tenir par rapport a ma famille, que je devais être la pour elle, pour ne pas qu’elle éclate. En fait déprimer comme ca c’était de la fidélité, c’était maintenir le dernier stade de cohésion avant l’éclatement définitif. Après 3 mois j’ai décidé d’abandonner la fac. Aussitôt sont arrivées d’énormes crises d’angoisse dés que je m’éloignais de plus de 2 rues de la maison, j’étais quasiment certain d’être en train de devenir fou, je me réveillais au milieu de la nuit en sueur dans un état de terreur insupportable, je pleurais toute la journée sans pouvoir m’arrêter, impossible de regarder les gens dans les yeux, je tressaillais au son de ma propre voix, la lumière étant anxiogène je fermais les volets de ma chambre. C’était la vraie solitude, le monde continuait mais moi je m’étais arrêté, j’avais 19 ans.

Commentaires

Hum, j'ai passé environ 10 ans chez ma mère, sans vie sociale, ni études, ni job. Bon. Bah on se refait une santé comme on peut, petit à petit. On hikikomori en France aussi.
Meilleurs voeux.

Ecrit par : sidonie | 15.05.2009

C'est le premier article que j'ai lu sur ce blog et il a fait mouche : Très peu de modifications à y apporter pour en faire mon propre témoignage.

Cette déprime des vingt ans, c'est terrible. Et ça ne s'arrange pas à 30.

Ecrit par : TME | 26.05.2009

Il y a longtemps que je n'ai pas lu un texte aussi puissant, ce qui est étonnant c'est le parallèle que je pourrais établir entre le lycée minable que j'ai connu (c'était en 1986) et le vôtre, une même absence de savoirs et de transmission, d'exigences et de soutiens, de simple vérité et d'intensité, une même tolérance vermoulue hachurée d'indifférence et parfois de simple mépris, ça sonne comme une condamnation. Dans votre texte, à un moment j'ai songé à Madame Bovary, elle est en passe de trahir son mari parce que l'ennui et le mépris de cet homme l'étouffent, elle va voir un prêtre qui lui dit "pas le temps vous savez, allez voir votre mari, il est fait pour ça" comme si notre expérience renouvelée c'était la rencontre avec l'ennui, la bêtise et cette sensation de dégringolade lente, très lente comme un ralenti sur le pourrissemen. En tout cas votre énergie fait plaisir à lire, elle annonce le dépassement qui vient

Ecrit par : Phantom Of Ben Gazzara | 26.05.2009

j'ai le même problème: une tentation de se dire toujours: "à quoi bon? Pourquoi travailler maintenant?"
Je suis en deuxième année de médecine, et je peux te dire que le travil est une aide précieuse: avoir un objectif clair, motivant, une raison de travailler donne une raison de vivre.

Il est faux de dire que le travail est une cjhose horrible, et le moment ou il est le plus difficile de travailler, c'est AVANT DE SE DECIDER.

personnellemnt, je m'en sort en lisant tous les jours avant de traviller le texte du départ routier, qui est un texte fort et motivant: oui, je veux etre cela, et donc je dois m'y mettre maintenant.
Je le donnerais à la fin.
Et enfin attention aux mécanismes inconscient de sabotage: commme il est possible de se planter même en oprenant les moyens de réussir, il faut mieux ne pas prendre ces moyens pour ne pas prendre de risques... J'ai moi aussi ce mécanisme.
Pour l'arréter, je pense qu'il te suffira de tenir la résolution de lire ce texte chaque jour, et que tu aimes ou pas le scoutisme n'est pas la question: je te le donne car il donne un idéal, et que c'est le seul que je connaisse qui en doonne un.

Voilà le texte:

Le départ routier se fait de préférence à la nuit tombée, sur un chemin. Des routiers scouts (R.S.) immobiles barrent la route, autant que possible sur plusieurs rangs de profondeur. En avant, le chef, le conseiller religieux et un R.S. portant le Baussant. Le candidat, sac au dos, vient à leur rencontre accompagné de son parrain et s’arrête à une dizaine de mètres.

Tout candidat au départ-routier doit avoir reçu l’accord préalable du CNGS ou du CNR qui éventuellement délègue un chef pour recevoir le départ ; les barrettes RS ne sont délivrées qu’après cet accord.

Le Routier : Chef, s’il plaît à Dieu et à vous-même, je demande à devenir routier Scout d’Europe.

Le Chef : Tu te présentes à la route, mais sais-tu comment la route se présente à toi ?

R. : Oui, chef.

C. : As-tu songé que pour avoir accès à la route, il faut commencer par sortir de ta maison et de toi-même, renoncer à ton égoïsme, à ton confort, à ta sécurité, rechercher ce qui est difficile et vouloir vivre rudement ?

R. : Oui, je le veux.

C. : Veux-tu demeurer viril et sobre, n’être esclave ni de tes caprices, ni des modes, ni des erreurs du jour, et garder toute ta vie une âme de pauvre ?

R. : Oui, je le veux.

C. : As-tu compris, par notre amour de la nature et du camp, qu’un routier scout ne saurait s’accomoder d’un monde truqué où les tricheurs sont rois ? Promets-tu de conformer tes actes et tes pensées aux exigences du réel ?

R. : Je le promets.

C. : As-tu compris par la communion à la peine des hommes que nous avons recherchée dans nos entreprises et dans nos services, que la vie est à prendre au sérieux, que tout acte d’un routier scout compte et engage ?

R. : Oui, j’ai compris.

C. : En débouchant sur la route, sais-tu que tu consents d’avance au don de toi-même à tout venant, que tu n’appartiens plus à toi mais aux autres ? Es-tu prêt à servir ?

R. : Oui, chef, je demande d’être considéré comme étant toujours de service.

C. : As-tu songé que la route ne s’arrête pas à la frontière ? Te sens-tu prêt à parcourir la distance qu’il faudra pour rencontrer les autres ?

R. : Oui, chef, j’y suis prêt.

C. : As-tu compris à travers nos activités et nos chapitres qu’un routier scout doit aimer passionnément la vérité, qu’il ne se contente pas d’à-peu-près, ou de la possession tranquille de vérités toutes faites ? Veux-tu, en toute chose, rechercher humblement le vrai et servir librement l’ordre retrouvé sans écraser les autres sous le poids de ta découverte ?

R. : Oui, je le veux.

C. : Sais-tu enfin qu’un routier scout n’est jamais satisfait de lui-même et ne se considère jamais comme arrivé ? Veux-tu faire aujourd’hui mieux qu’hier et demain mieux qu’aujourd’hui ?

R. : Oui, je le promets.

C. : Promets-tu de ne jamais regarder la vie comme une partie de plaisir, mais comme une mission dont rien ne doit te détourner ? Es-tu décidé à travailler et à combattre sans jamais oublier que le règne du Christ est le but de ta route ?

R. : Oui, j’y suis décidé.

C. : Entre donc en routier scout dans une communauté d’hommes et renouvelle ta promesse de Scout d’Europe en sachant désormais que sur ta parole on doit pouvoir bâtir une cité. (Le baussant s’incline alors devant le routier).

R. : J’ai promis :

Sur mon honneur avec la grâce de Dieu de servir de mon mieux Dieu, l’Église, ma patrie et l’Europe, d’aider mon prochain en toutes circonstances, d’observer la loi scoute. Je promets en outre de soutenir le groupe de ... x .... et la fédération du scoutisme européen.


C. : Reçois maintenant les signes de ton nouvel état.

Prends ce bâton fourchu, image de la fidélité au sol ancestral et de l’ouverture du coeur qui sont les marques du routier Scout d’Europe.
Accepte cette hache, symbole de la volonté qui t’ouvrira un chemin à travers les difficultés. Et si jamais la route te manque, fais-la.
Reçois ces lettres d’argent qui montreront à tous que tu es routier Scout d’Europe. Rappelle-toi qu’elles ne doivent jamais être portées par un lâche ou un menteur.
Reçois, enfin, les trois couleurs portées par tous les Routiers du monde. Qu’elles évoquent ce qui en toi, de chaque âge, ne doit jamais mourir !
Jaune, couleur des louveteaux, image du soleil, pour que ta foi joyeuse illumine ceux qui t’entourent.
Vert, couleur des éclaireurs, de tout ce qui grandit, pour que l’espérance t’entraÎne toujours plus loin.
Rouge, couleur de la route, symbole d’amour et de sang, pour que tu n’épargnes ni l’un ni l’autre au cours de ton existence.
Un routier scout qui n’a pas tout donné, n’a rien donné.

Un routier scout qui ne sait pas mourir n’est bon à rien.

Mais souviens-toi qu’il est parfois tout aussi difficile de vivre, et maintenant, frère, à Dieu vat...

Le Père : Pars donc, nourri de la parole divine et du réconfort des promesses du Christ. Que la croix scoute “à huit pointes aigües” te rappelle les huit béatitudes du sermon sur la montagne :

« Heureux ceux qui ont un coeur de pauvre, car le royaume des cieux est à eux ;
Heureux ceux qui sont doux, car ils possèderont la terre ;
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ;
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés ;
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ;
Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu ;
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ;
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux... »

Pars maintenant, derrière le Christ. Que la foule des saints et des saintes t’accompagne, aujourd’hui, demain et jusqu’en l’éternité !

Que Notre-Dame te vienne en aide et que la bénédiction du Dieu tout puissant, Père, Fils et Saint-Esprit descende sur toi et y demeure à jamais.

Tous chantent l’appel de la route

Ecrit par : panouf | 28.05.2009

Très beau texte.

Je m'y retrouve encore. Etrange. Finalement la vie des autres qui nous parait si différente, si "meilleure", etc... est peut etre quasiment la meme pour tout le monde. Sauf qu'emmurer dans notre silence, dans notre tour d'argent, et tellement obnubilé par notre propre tristesse, on ne s'en apercoit pas.

Moi aussi la période bac a été la pire de ma vie. D'ailleurs j'allais presque plus en cours. Envie de se suicider omniprésente. Incompréhension du monde, du but de son existence, de tout.

Et puis ca passe.

Et 10 ans plus tard ca revient en force. Je ne sais pas si c'est un "cap", une fatalité cyclique, ou juste lié à notre époque, au contexte social, à la crise, à la décadence omniprésente...

Ecrit par : dargaard | 05.11.2009

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