27.03.2009
Paris c'est fini
Viens de lire ceci.
Et comment ne pas s’arrêter devant ce constat terrible : « il n’y a plus que les blancs occidentaux pour ne plus croire à la volonté de puissance. Ou pour y renoncer. Nous sommes faibles. Nous sommes impuissants. Nous sommes bien les seuls à nous nier nous-même, en permanence. D’où la fascination chez les petits blancs et les petites blanches pour les démonstrations viriles et agressives de la volonté de puissance dans la sous-culture de banlieue, aussi vulgaires et grotesques soient-elles. Ou dans l’islam. »
C’est surtout « petites blanches » qui fait mal. On le sait déjà mais on aime pas le ressasser. Mais ce constat qui n’est là que des mots, que du concept, il fait encore plus mal lorsque, confronté à la réalité, on le voit illustré grandeur nature par exemple :
-dans une fête de vendredi soir
-dans une bagarre
-dans un film de cul « interracial »
-dans les « j’aime j’aime pas » de la fiche Meetic de Caroline 21 ans
-dans n’importe quel morceau de rap post 2002
-dans la rue, les couples qui se tiennent par la main
-dans Paris
Paris c’est pas comme dans « de battre mon cœur… »… Paris c’est fini. C’était fait pour 1 million d’habitants cette ville pas pour 10 millions. Paris y a trop de monde beaucoup trop. Et trop de chewing-gums étalés sur les trottoirs, trop de cigarettes, de crottes, de papiers, trop de flaques de pisse, trop de mauvais regards, trop d’arrogance… Et pas assez de travail pas assez de fidèles à l’église, pas assez de verdure, pas assez de ciel au-dessus des rues étroites, pas assez de filles, pas assez de gentillesse, pas assez de quiétude…
Il y a, plus violent, le plus terrible des combats.
Ce ne serait pas si grave en fin de compte de se faire taper dessus par un grand Noir si il respectait les règles. Deux ou trois pêches dans la gueule, on met pas de coups à terre et puis c’est réglé il a gagné. Mais le combat ce n’est pas ça. En fait ça, la baston, ça n’a pas lieu ou si peu. C’est tout contenu dans les regards, les rapports sociaux, les soupirs et les remarques qu’on ose, ou pas, dire à celui qui nous double dans la file d’attente, les petits accès d’incivilité dont on sort vainqueur ou non dans la vie quotidienne, selon celui qu’on a en face de nous. Les femmes elles voient tout ça. Elles ne s’en font même pas la remarque, mais elles en tirent les conclusions, sur leur prochaine vie de femelle qui procréera. Avec qui elle procréera ? Il faut que le mâle il soit fort pour la « protéger » mais aussi pour transmettre à l’enfant des gènes de gros muscles ou de courage, des gènes de mâle fort. La femme elle sait, elle sent tout ça. Et il y a une morale immanente à tout cela : si le mâle il est arrivé jusqu’au vagin de telle ou telle fille tant convoitée c’est que intrinsèquement il était supérieur aux autres mâles puisqu’il a réussi lui, il a conquis ou été choisi par celle qui mettait la barre si haut. Alors c’est donc bien le plus terrible des combats. C’est celui ou l’homme se bat pour donner, via le vagin de la femme, une suite à lui-même. C’est la plus douce des récompenses que d’être confirmé par les caresses et le vagin d’une femme.
C’est à ça que je pensais seul sur le banc du jardin du Trocadéro le Samedi 14 Février 2009, en jetant un coup d’œil de temps en temps, à la jeune fille blanche là bas sur un autre banc, qui rigolait avec son jeune noir calme.
C’est à ça que je pensais et aussi à un commentaire posté sur un blog que j’avais lu quelques semaines plus tôt « areté de parler sal viktime bande de sal boloss dans la cour vos sœurs se font taper le uk par des renois et des rebeux pendant ce tan tu baisse la tete tu razes les murs mdrrrr ».
Ce combat on peut le nier. On peut dire aussi que nous sommes tous frères, que remarque y a aussi des femmes noires avec des hommes blancs. On peut dire « noir » et « blanc » comme si c’était des pions d’échecs ou des Danettes. On peut dire que des filles blanches y en a d’autres. On peut dire que y a aussi plein de filles blanches qui aiment les Blancs, que vivent tout le monde. On peut dire tout ça.
Mais on ne peut nier le mouvement, la dynamique, la marée qui vient, la tendance générale. Et l’on ne peut nier le nombre, les foules, les millions de jeunes noirs calmes qui poussent derrière pour entrer. 400 000 qui rentrent par année, quatre cent mille. Et l’on ne peut nier la hausse de part de marché de la catégorie dite « interraciale » dans l’industrie du porno. On ne peut nier la violence raciste complètement légalisée de presque n’importe quel texte de rap, mais on ne peut nier non plus que la moindre « incivilité anti-noire » est aussitôt publiquement dénoncée avec la plus extrême dureté. On ne peut nier la lente acceptation, ou peut être résignation, des humbles et des bien élevés, les mille-fois-cocus les mille-fois-perdants. Paris c’est ce paysage dévasté là. Et il rayonne sur toute la France. C’est encore gentil, c’est encore principalement dans les grandes villes que ça se passe. Les jeunes filles blanches de Illiers-Combray ne se promènent peut être pas encore avec des jeunes noirs calmes le long de chemins bordés d’aubépines. Mais on y vient. Parce que c’est bien cela qui se passera, simple loi des nombres. Elles le savent elles le sentent les jeunes femmes. Elles ont pour mission de procréer, d’être le débouché du plus terrible des combats, alors elles mettent la barre très haut. Après elles il n’y en aura plus d’autres de filles blanches, c’est maintenant qu’il y en a encore. On ne vivra ni dans la sécurité ni dans l’honneur dans un monde de petits garçons et de petites filles métis nées d’un père noir absent et d’une mère blanche abusive et riche. Si à une telle époque dans une ex-ex-France il y aura encore des petits garçons et filles de parents blancs alors les pauvres, ils seront face à un rouleau compresseur, une boule de neige rendue énorme et rapide par la pente qu’elle a dévalée jusqu’alors. Ils seront métissés à leur tour, en moins de deux.
Il faut quitter la France. On ne vivra pas dans la sécurité. On vivra peut être dans l’honneur. Dans ce que les gauchistes appellent la dignité humaine. On ne vivra pas dans la sécurité car rien n’est acquis aux hommes libres, le rouleau compresseur, la boule de neige toujours plus grosse et rapide peut les rattraper.
Continuer la France ailleurs. Car ici ce n’est plus la France. C’est à eux et à elles et à leur méchanceté… Mais peut être que c’est moi qui suis trop faible, trop sensible, pour faire avec leur méchanceté. J’ai l’impression qu’en refermant la porte derrière moi ça en gueulera encore en sourdine de copulation interraciale comme un terrible hourrah d’assiégeants qui voient soudain la muraille céder.
Ce que j’en dis simplement c’est qu’ils auraient pu être gentils. Ils avaient le choix, personne ne les avaient obligé comme ils le prétendent, à être méchants. Nous on est nés en 1982 on ne leur a jamais rien fait, on ne les a pas colonisés, pas esclavagisés, même pas tapés ou insultés, on nous a appris tous les jours à l’école et à la maison, à voir en eux nos frères. Et eux s’ils avaient su regarder ils auraient vu qu’ils avaient tout : dignité, argent, nourriture, opportunités professionnelles. Oui ils avaient tout ça.
Ce que j’en dis simplement c’est qu’elles auraient pu être gentilles. Si vraiment elles avaient eu le courage de leur rêveries de très jeunes filles elles auraient cherché un gentil type qui comme elles voulaient se marier et avoir des enfants pour les élever dans le partage.
Au lieu de cela qu’ont-ils fait tous les deux ? Ils se sont installés dans le confort, déclarant que c’était bien le minimum, qu’il en faudrait beaucoup plus du confort. Lui un peu étonné quand même de pouvoir souiller avec tant de facilité la pureté tant convoitée de par le monde. Elle un peu gênée quand même d’avoir fait comme les copines, se rendant compte que le monde est métissé, alors que présenter un noir à ses parents ça devait se faire contre le monde, raciste évidemment.
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25.03.2009
La France
La France est géographiquement déjà, prédisposée aux tiraillements, accablée par les Anglais au nord, gangrénée par les méditerranéens au sud, guettée par les Aryens à l’est, la France est en outre (« par conséquent » disent les spécialistes) faible et fragile politiquement en ce qu’elle est un agrégat de comtés, de terroirs et de modes de vie différents et indépendants. Du coup la France a vocation à survivre seulement par un redoublement d’amour de ses habitants. Le patriotisme mystico-républicain de Charles Péguy devient alors le minimum à remplir dans un pays qui un jour brutalement se coupe de son roi. Ca devrait être la gauche de la France cette mouvance là. Dans l’absolu on devrait comme aux USA voir des drapeaux français à toutes les fenêtres des habitations, au lieu de ça ces drapeaux on les trouve dans les lieux les plus indésirables : mairies, cimetières, palais de justice… comme une réalisation immanente de l’occasion de chute de l’esprit français : se réduire comme ça à une sorte d’administration qui tient des registres pour une société apatride respirant des concepts philosophiques abstraits. Liberté, Egalité, Fraternité.
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Une nuit de Novembre
Soirée d’ivrognes dégueulasses
. On est sorti en gueulant de l’établissement « American Dream » après avoir chanté avec un faux Elvis Presley en costume blanc trop large et bu plusieurs bouteilles de très mauvais vin. On s’est retrouvés dans une rue ou nous étions simplement à gueuler. Le rêve parisien était là, une lumière dans une bibliothèque au fond de la salle de restaurant d’un hôtel tout éteint, des citations de Céline et 6 mains qui se crispent sur un unique verre en plastique « allez à moi maintenant ! »… Echevelés et hurlants nous entrons dans un bar de beuverie pour jeunes professionnels, très vite les bouteilles sont commandées, les couilles sont sorties de la braguette « pour les aérer » soit disant, et il y a des danses avec une fille qui n’a pas pris garde… Plus tard en remontant des toilettes, l’escalier se divise en deux mais il fait sombre, l’un de nous ne voit pas le gouffre et y tombe à la renverse, parfaitement tête la première, son corps brinquebalé par les à-coups des marches successives… Arrivé tout en bas il se relève enfin, étonné, et nous revenons à la salle de débauche et nous nous répandons en mains qui alpaguent autrui, qui saisissent des écharpes à des cous prétendant les remettre en place mais qui brutalement étranglent à grands renforts de cris de satyres, ça y est nous sommes détestés. Avant de partir il y en a un qui pique des billets dans la caisse en se contorsionnant affreusement et puis il s’en va devant dans la rue, il fait ses comptes. On traverse Paris à pied en chantant « génération faf », il est 5h tout est fermé, le palais de la Bourse est tout noir tout froid et les rues sont toutes venteuses, on se recroqueville. L’un d’entre nous veut absolument nous montrer comment il faut baiser les filles de nos jours, on s’arrête, il s’abaisse parallèle au trottoir, appuyé uniquement sur trois doigts d’une main, l’autre est posée en arrière bien dégagée sur la taille, « Là !... Voilà !... C’est comme ça qu’il faut faire maintenant ! »… Un groupe de filles passe et une se retourne, elle ne comprend pas. Les kiosques à journaux ont bien changés, saturés de Unes de magazines pornos et « à sensation »… « les soirées mousses des échangistes du cap d’Agde. Hallucinant » promet le titre. Et puis il y a un acteur de cinéma les bras en croix tout sourire seul sur une plage nuageuse de Normandie, il est mort il y a 2 jours d’une infection, il avait l’air si jeune… On nous l’avait dit et répété qu’il allait pas bien, mais vraiment pas bien, il avait fallu l’amputer d’une jambe et tout, ce n’était pas des cracks sa souffrance à lui, et maintenant c’est vraiment fini voilà. Je veux faire une prière et rassemble mes amis par la main, j’essaie de dire quelque chose comme disent les frères Franciscains du Bronx, j’ai vu faire une fois, Seigneur nous t’en prions avec humilité, reçois Guillaume Depardieu, apaise de ton amour les pauvres et les faibles… Nous reprenons la marche, et nous nous enthousiasmons pour l’esthétique du catch, on se jette les uns sur les autres, projetés par les cordes d’un ring imaginaire, exécutants des « coups de la corde à linge », parés de capes imaginaires, arborant des muscles rouges huilés et des cheveux long imaginaires dans le dos qui viennent taper sur la nuque au rythme de courses folles d’un bout à l’autre du ring… Ce sont des cris dans les rues désertes et des bruits de chute dans des haies de verdure bordant les restaurants fermés. Enfin nous échouons dans un infâme lieu de débauche avec les prostituées et les gays, les dernières putes se barrent juste à ce moment, elles ont finis leur nuit… Avec l’argent volé dans la caisse on commande des whiskies qui tardent à venir, je baille, et au moment de m’endormir assis au comptoir l’un de mes compagnons de route s’indigne « ah bah non ne dors pas quoi !... Oh et puis si t’es fatigué allez dors un peu c’est vrai… », Rasséréné par cette concession je m’endors avec volupté quelques minutes. Je suis réveillé par des invectives, il s’agit de négociations tendues sur le prix du verre de whisky qui ne respecterait pas ceux du marché. Je saisis un petit magazine gratuit d’un présentoir, c’est un truc pour les gays branchés. Je lis à haute voix le résumé du film « Enquêteur avec atouts » : « Olivier est un détective privé qui partage sa vie avec Julien, avocat brillant et nouvel espoir du barreau. Un meurtre antigay est commis. En séduisant le jeune médecin légiste Olivier révélera bientôt au grand jour le coupable en la personne du maire, homosexuel refoulé qu’il surprendra se donnant à son conseiller. Avec John Spartacus et Pueblo Python. ». A coté de nous un pédé confiant montre des tours de magie avec des cartes à un chinois pédé ébahi. Il est là il l’épate, c’est dans la poche, il l’emmène au pays des merveilles des pédés il le niquera pour sûr le type... On est bientôt persona non grata parce qu’on est trop pénibles avec la clientèle, on s’en va, cette fois il est 7 heure. Y en a un qui propose d’aller piquer des patates au marché qui ouvre là bas mais personne n’a plus la force, on est adossés à une voiture de sport très coûteuse DSC01488.JPGgarée sur le trottoir. On avise une femme bien habillée qui fouille frénétiquement les poubelles, « mais c’est à moi j’habite là ! » qu’elle dit…Pour se dégager elle fait 5 fois des digicodes différents mais la porte ne s’ouvre pas, non elle n’habite pas là, apparemment c’est une folle comme on dit. Elle s’en va vite dans une rue glacée, c’est une vision de désespoir. C’est pour nous l’heure d’au-revoirs navrants, « bon m’barre moi » j’en ai pour 40 minutes de marche, le temps quand même de croiser sur un boulevard une bagarre de 4 pédés arabes poussant des cris très aigus pour une histoire de chaine en or.
22:31 Publié dans La notion de « pur fou » | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Merci de l'avoir dit, d'être allé si loin dans l'orgueil que tu en as été honnête
Jkrash ma couleur dans ta radio comme dans zune babtou Rohff, 2008.
22:22 Publié dans La loi des plus nombreux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Souvenir de l'université
Ces centaines d’heures de leçons entrées par une oreille, ressorties par l’autre, à noircir des feuilles qu’on ne relit jamais, centaines d’heures pendant lesquelles on pouvait constater la baisse du niveau intellectuel des « grandes personnes » , phrases mal construites, négations manquantes, redoublement du sujet, pas de liaisons entre les mots, élocution brouillée, expression évasive, registre de langue jamais soutenu… Alors que ces cochons ils réclamaient du respect en vertu de leur prétendu savoir supérieur or ils nous prouvaient par leur style relâché qu’ils ne détenaient aucun savoir supérieur… Ces centaines de pause de midi ou l’on se retrouve seul ou avec des cons pour aller bouffer un panini 3 fromages, une mauvaise salade… Ces centaines de jours ou l’on est parfaitement inutile dans la société ou l’on est juste des jeunes, ou l’on doit s’habiller avec des vêtements de jeune, écouter de la musique de jeune, avoir des vacances de jeune. En fait on ne fait strictement rien, on ne sert strictement à rien mais on apprend notre vie de futur citoyen on apprend à exiger à valoriser et à vendre la moindre de ses singularités. On apprend la tolérance et le vivre-ensemble on apprend à dire du mal dans le dos, à se réconcilier avec les gens sur le dos d’un tiers. On apprend la vie professionnelle, la vie en société.
22:07 Publié dans souvenirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Souffrance
J’en peux plus je ressasse je m’empoisonne je bouillonne de rêves inassouvis comme des bulles qui veulent crever a la surface qui cherchent le chemin. Je cherche depuis presque 2 ans maintenant à reprendre mon souffle. J’ai l’impression d’être retenu de toutes parts comme par des sangles, c’est le monde c’est la France c’est mes parents… Qu’est-ce que j’ai mais putain mais qu’est ce que j’ai… Pourtant j’ai des costumes des belles chaussures un appartement pas mal dans le 3ème, je gagne 2700 euros par mois aux dernières nouvelles.
Ah putain qu’est ce que je n’en peux plus. De cette solitude de cet empoisonnement… C’est comme si j’étais hors de la vie. Je ne vois pas le soleil, le jour passe et je ne l’ai pas vu. Je n’ai vu aucune fille, je n’ai rien appris. Je me suis débattu tout petit dans un coin minuscule du monde, dans un bureau avec des collègues de bureau et des intrigues minuscules.
J’ai peur d’être fou. Je recherche la vérité. Je pense à la vérité tout le temps, pour quoi je suis là dans le monde qu’est ce qu’on fait ici, c’est quoi le sens ? Je pense à la Bible, j’essaie de pas y penser parce que je suis tout seul, je sais que les fous ils ont des délires mystiques, les autres, les collègues, ils me voient comme un être étrange, fou ils disent parfois, ils m’écoutent un peu, ils sourient, ils haussent les épaules, ça ne les intéresse pas, ce qui les intéresse c’est que y ait pas trop de vagues…
Je me sens si seul, dépossédé, déraciné, déstructuré… C’était si bon le temps de l’école, le rythme lent des années scolaires, des boums de fin d’année et des filles qui brisent le cœur. C’était vrai.
Si prêt du but… 2700, 2800 euros par mois… Notre bureau déménagera en Belgique vers mai-juin… J’aurai un appartement avec un écran plat et un fauteuil club… Je serai gentil, je rencontrerai une gentille fille, une étudiante…
C’est important pour moi d’être là. Ca me fait souffrir mais c’est provisoire. C’est important car je me vois à ma place dans la société : porter un costume, des belles chaussures, pouvoir être fier de dire quel est mon travail si je dois en parler à une inconnue… Le problème c’est que j’en rencontre jamais des inconnues. J’ai pas le temps je finis à 20h le soir, je suis exténué, je connais personne qui m’ouvre des horizons, je pense plus qu’à bouffer et aller dormir. Et je m’écrase comme un bourgeois que je déteste être alors. J’ai la haine contre les filles, contre les gens, contre tout et tout le monde, cette ville de Paris me fait gerber, elle et ses cochonneries de trottoirs, ses putains de journaux colporteurs de cochonnerie qui excitent la populace, ses publicités partout, tous ces gens qui ne pensent qu’à s’amuser, qui vivent pour de faux, pour s’amuser, qui vivent sans aventure. Cela est inexistant, ça me revient dans la gueule à chaque fois que je tente une sortie moi l’assiégé, je n’en peux plus. De faire semblant à ce point.
Cela fait bientôt 2 ans que je n’ai plus connu les bras d’une fille… 2 ans… J’ai 26 ans. J’ai honte, j’ai très honte de ça. De ne pas être un parisien gagneur avec des bouclettes et une peau de bébé. Je me sens vieux, nul. Je me sens laid, lourd, j’ai honte. Je perds mes cheveux, j’ai le teint blafard comme Monte-Cristo. J’ai plein de colère, les autres j’ai envie de les écraser dans ma colère, eux et leurs mensonges, eux et leur tolérance, leurs affiches de la déclaration des droits de l’homme chez eux et leurs 300 euros par jour de marge sur le cul d’un type qui a peut être des gosses à élever. J’ai envie d’être différent d’eux. Ce serait plus confortable de vivre tranquillement, moins aux aguets. Mais ils prennent toute la place, leurs egos prennent toute la place, et moi je suis expulsé du rang, compressé puis giclé au dessus, comme un joint de caoutchouc savonné.
Je ne sais plus quoi dire à mes parents. Je crois que je leur en veux. Je leur en veux d’être vieux et divorcés, de vieillir seuls dans leurs coins comme ça dans des petites parties du monde. Je leur en veux de ne pas avoir tenu mieux que ça le foyer dans lequel mon frère et moi avons grandi. A ma mère qui laissait tout en bordel, qui bouffait grossissait et bouillonnait de haine absurde contre mon père. A mon père qui laissait faire, permissif, qui laissait le bateau couler, mais qui contre moi était d’une extrême sévérité sur tout ce qui touchait au « comportement ». Il fallait que je comprenne que je gêne les autres. Mais les autres, par exemple les racailles, leurs pères leur ont au contraire dit de ne pas se laisser marcher sur les pieds. Résultat dans ma vie d’adulte, dans la « société » : moi si je disais ma vérité je serais un raciste dégueulasse, eux s’ils disaient leur vérité ils seraient des jeunes gens attachants et spontanés. J’en suis là.
J’en souffre tant de ce monde du travail, de cette France qui s’en va, surtout de ce monde du travail, de ce fric qu’il faut aller chercher sinon plus jamais c’est sûr cette fois les filles ne me regarderont, ne me feront croire à leur flatteries, comme ces « sache toujours quoi qu’il arrive que tu en vaux la peine » qu’elles ont donnés à des beaux gosses qui n’avaient besoin de rien, quand on avait dans les 18 ans, quand c’était maintenant ou jamais, quand il fallait être le premier pour pourrir leurs ventres parce que après ce serait trop tard, ce serait déjà passé.
C’est pas une vie de littérature que je veux, une vie d’intello, une vie de type bloqué par l’intellect. Ce que je veux c’est un peu d’intellect, un peu d’aventure. L’amour et la violence. Le ballet de danse classique et le virage Boulogne avec les hooligans. J’aime les deux autant. Moi le métis né le cul entre deux chaises. Je suis le gentilhomme et le voyou. Pas que le gentilhomme, pas que le voyou. Les deux.
C’est tellement affreux de ne connaitre personne. Ce sentiment de devoir se modérer au point de ce que l’on déteste pour pouvoir être socialement acceptable, accepté, et alors enfin de rencontrer des gens. Il faut être lisse, comme ca on a pas d’emmerdes au travail, comme ca c’est pas répété au manager, comme ça il a pas trop de billes dans sa musette pour te virer en cas de problème. J’aimerai tant connaitre des gens avec qui je peux parler de tout. Ne plus avoir cette épée de Damoclès dans les discussions, toujours se cacher, et puis rentrer chez soi seul, s’enterrer pour la nuit, plus que jamais loin du beau jour.
J’ai peur d’être fou de couver un truc, des symptômes. J’ai peur aussi remarque d’être malade au moindre truc. Vache folle, sclérose, anémie…
Je suis complètement rempli et complètement vide. Mon assiette est remplie, je ne connais pas la faim depuis des années. Mon compte en banque est rempli, mon agenda est rempli pour ne pas que je m’ennuie, ma liste de choses à acheter est remplie, tout ça c’est rempli… Mais au fond je me sens vide, je tourne à vide, je me branle à vide, je rêvasse a vide, je m’invente une vie loin de la vie, à vide… C’est comme une prison. Je ne rencontre même pas une fille, même pas de nouvelles personnes, mais je pense lorsque viens l’anxiété, à je ne sais quel sens métaphysique, théologique, bon sang puisque je ne vis pas je me demande ce qu’est la vie.
Je me suis endurci terriblement pour rester dans le train en marche. Peut-être qu’en bataillant fort je monterai en grade et qu’elles me regarderont… Et sur facebook toutes les filles du primaire, du collège et du lycée qui m’ont « ajouté comme ami » et auxquelles je rêvais à l’époque pour la plupart, peut être qu’un jour elles verront mon nom quelque part et elles se diront « ah tiens oui celui là… Ah il fait ça maintenant ? Tiens et si je le contactais… » Ce serait ma victoire. Je veux de leur mains recevoir cette légion d’honneur que j’ai désiré toute ma jeunesse, à m’en tordre les mains, être confirmé, être adoubé par elles, et que ça se sache, à la face du monde, que tous, tous les autres dans la cour, qu’ils le voient. Je veux qu’elles me voient en voyou-gentilhomme, en ce que je suis vraiment mais n’ai été que trop rarement, trop subrepticement, éclipsé par la lourdeur, les parents, les responsabilités, les comptes a rendre sur mon « comportement » qui revenaient à la charge… Je veux qu’elles me voient en je ne sais quel type qui sort du lot, impétueux, étonnant, assurément fait d’une autre rage que celle, lisse, des beaux gosses. Qu’elles me voient en je ne sais quel voyou érudit, méchant et sensible, gentil et fier, qui a produit une œuvre littéraire, picturale, qui s’est illustré dans des domaines physiques, qui dégage comme ça l’idée de l’homme « bon en tout » comme ces types qui sortent de West Point, forces de la nature tout autant capables de faire le parcours du combattant que de réciter Eschyle dans le texte.
Je me sens si blessé, comme sali, souillé, par ce mode de vie indigne, sans rêve. J’ai si mal à l’idée de retourner travailler demain, à l’idée de ressasser les mêmes angoisses, les mêmes complexes de culpabilité, les mêmes anxiétés de symptôme pour les mêmes superstitions, les mêmes états d’âme, les mêmes inadaptations. Je n’ai personne a qui parler je dois être performant a tout moment, que fort, que sûr, rien d’autre. Je n’en peux plus de ça. J’ai sous-estimé les aléas, j’ai sous-estimé que l’on ne peut pas faire un schéma de sa vie, l’appliquer puis le vivre comme si c’était innocent. Il faut accepter de jouer le truc, presque comme aux dés. Cette terrible phrase au début du film No Country for Old Men. Que l’on ne maitrise pas tout, que la raison trouve ses limites, qu’on ne peut pas tout intellectualiser, pas tout contrôler contrairement à ce qu’on nous répète tous les jours dans ce boulot que je fais. Que y a une grande part d’incertitude, et qu’on y est soumis, complètement, totalement, et qu’on ne fait pas les malins.
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S'enfuir partout
Elle essayait bien aimablement de me retenir auprès d’elle Molly, de me dissuader… « elle passe aussi bien ici qu’en Europe la vie, vous savez, Ferdinand ! On ne sera pas malheureux ensemble. » Et elle avait raison dans un sens. « On placera nos économies… on s’achètera une maison de commerce…On sera comme tout le monde… » Je lui donnais raison. J’avais même honte de tant de mal qu’elle se donnait pour me conserver. Je l’aimais bien, sûrement, mais j’aimais encore mieux mon vice, cette envie de m’enfuir de partout, à la recherche de je ne sais quoi, par un sot orgueil sans doute, par conviction d’une espèce de supériorité ».
Louis-Ferdinand CELINE
Voyage au bout de la nuit
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Dans ma tête en ce moment
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